Origine et histoire du Château du Bouchet
Le château du Bouchet, situé à Rosnay dans l’Indre, est une ancienne forteresse médiévale édifiée dès le XIIe siècle sur une butte gréseuse, au nord de l’étang de la Mer Rouge. Son histoire est marquée par des remaniements majeurs aux XIIIe, XVe et XVIIe siècles, passant d’une fonction purement défensive à une résidence aristocratique. Le site, isolé des grandes voies de communication, aurait abrité une habitation dès l’époque gallo-romaine, comme en témoigne une pièce découverte en 1921.
Au XIIe siècle, le château appartient à la famille Sénebaud, dont Guy Sénebaud, compagnon d’armes de Philippe Auguste, est le premier propriétaire identifié. Son fils, Aimery Sénebaud, aurait accompagné Saint Louis lors de la septième croisade. Au XIVe siècle, pendant la guerre de Cent Ans, le château change plusieurs fois de mains, passant des Naillac aux Anglais, avant d’être repris par Pierre d’Oradour en 1371, confirmé par Charles V. La forteresse reste dans la famille d’Oradour jusqu’en 1451, date à laquelle elle est transmise aux Taveau de Morthemer par le mariage de Marie d’Oradour avec Geoffroy Taveau.
Au XVe siècle, le château est presque entièrement reconstruit, conservant des éléments comme le « donjon anglais » (bâti par les Anglais) et les tours de la prison et du pigeonnier. En 1519, il entre en possession des Rochechouart de Mortemart, famille influente qui le modernise au XVIIe siècle en détruisant une partie des fortifications pour ériger une aile classique avec galerie et terrasse. Pendant la Révolution, le château est saisi comme bien national en 1789, racheté en 1796 par un fidèle du duc de Mortemart, puis restitué en 1802. Vendue en 1808 au maire de Rosnay, la propriété reste dans la famille Hérault de la Véronne jusqu’en 2016, avant d’être acquise par la famille Durand en 2018.
Architecturalement, le château se compose d’une cour centrale ceinte de bâtiments, avec un donjon du XIVe siècle, des tours médiévales (dont une dite « prison »), et des ailes du XVIIe siècle. Le pont-levis d’origine a disparu, mais des traces subsistent. Les Rochechouart y ajoutent des éléments classiques comme des boiseries Louis XIV et une galerie voûtée. Classé partiellement aux monuments historiques (façades, toitures, cheminée du petit salon), le château est aujourd’hui ouvert à la visite, témoignant de huit siècles d’histoire entre conflits, alliances et transformations architecturales.
Parmi les anecdotes marquantes, la marquise de Montespan y aurait séjourné avec ses sœurs au XVIIe siècle. Le château, vendu comme bien national, échappe à la destruction grâce à son rachat par un proche des Mortemart. Les restaurations du XXe siècle, menées par l’architecte Jules Grenouillot, ont préservé des éléments comme les lucarnes et les couvrements des tours. Le site, inscrit à l’Inventaire général du patrimoine culturel, reste un exemple emblématique de l’évolution des châteaux forts en résidences d’agrément en Centre-Val de Loire.