Origine et histoire du Château du Bouilh
Le château du Bouilh, situé à Saint-André-de-Cubzac en Gironde, est un ensemble architectural néo-classique du 4e quart du XVIIIe siècle, conçu par l’architecte Victor Louis, connu pour le Grand Théâtre de Bordeaux. Commandé par Jean-Frédéric de La Tour du Pin Gouvernet, maréchal de camp et ministre de Louis XVI, le projet visait à créer une résidence digne d’accueillir le roi. Les travaux, débutés en 1786, furent interrompus en 1789 en raison de la Révolution et de l’arrestation du commanditaire, guillotiné en 1794. Seul le corps de logis ouest et la galerie semi-elliptique furent achevés.
Le domaine inclut des éléments remarquables comme une fuie circulaire (XIIe–XIIIe siècle, vestige du manoir médiéval), un château d’eau octogonal doté d’une machine hydraulique innovante, et des chais vinicoles aménagés dans d’anciennes carrières. Classé Monument Historique en 1943, le château illustre l’ambition architecturale de l’Ancien Régime, mêlant fonctionnalité (distribution d’eau, production vinicole) et symbolisme (chapelle néo-gothique, parc paysager).
À l’origine, le site abritait une maison noble attestée dès 1300, propriété de la famille du Bouilh, puis des seigneurs de Cubzac. Au XVIe siècle, le fief passa aux de La Tour du Pin, qui firent du Bouilh leur résidence principale. Le château actuel, inachevé, devait comporter deux corps de logis reliés par une galerie, mais la Révolution en stoppa la construction. Vendu en 1835 à la famille Hubert-Delisle (originaire de La Réunion), il reste aujourd’hui entre les mains de leurs descendants.
Le château a servi de décor à plusieurs films, dont La Cousine Bette (1996) et Monsieur Léon (2006), témoignant de son attrait cinématographique. Son parc, ses jardins et ses dépendances (cuviers, intendance) reflètent une organisation seigneuriale typique de la Guyenne pré-révolutionnaire, alliant prestige aristocratique et exploitation viticole.
L’architecture de Victor Louis y déploie un style néo-classique sobre, avec des influences palladiennes (galerie en hémicycle, symétrie). La chapelle, située au centre de l’hémicycle, abrite les tombes des propriétaires. Le système hydraulique, rare pour l’époque, permettait d’alimenter en eau les jardins et les fontaines, soulignant le luxe technique du projet.
Classé avec ses dépendances (fuie, château d’eau, chais, parc), le Bouilh incarne à la fois l’héritage médiéval du Cubzaguais et les fastes de l’aristocratie bordelaise du XVIIIe siècle, avant que la Révolution n’en interrompe définitivement l’achèvement.