Origine et histoire du Château du Boullay-Thierry
Le château du Boullay-Thierry, construit entre 1617 et 1622, est un exemple remarquable d’architecture en brique et pierre du XVIIe siècle, typique de la région du Drouais. Il est précédé d’une cour encadrée de dépendances et entouré de douves sèches, accessibles par deux ponts. Son allée de tilleuls, plantée à partir de 1741 sur initiative de Louis-Denis Talon, reliait directement le village au château, soulignant son importance symbolique et pratique pour les seigneurs locaux. Ce monument, inscrit aux Monuments Historiques en 2007, reflète l’évolution des goûts architecturaux et des usages seigneuriaux entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.
Le château fut érigé par Jacques II Favier, conseiller au Parlement de Paris et intendant d’Alençon, qui en fit un symbole de son ascension sociale. Passé entre les mains de la famille Talon, il devint un lieu de pouvoir et de prestige, notamment sous Louis-Denis Talon, magistrat influent du XVIIIe siècle. La Révolution française marqua un tournant : le château fut vendu à plusieurs reprises, dont à Alexandre-François de La Rochefoucauld en 1792, avant de connaître divers propriétaires au XIXe siècle, dont des industriels et des associations caritatives américaines après la Première Guerre mondiale.
Au XXe siècle, le château servit de colonie de vacances pour les enfants d’employés d’Usinor, avant d’être acquis par un particulier. Son histoire reflète les bouleversements politiques et sociaux de la France, depuis l’Ancien Régime jusqu’à l’époque contemporaine. Les éléments protégés incluent non seulement le corps de logis et ses pavillons, mais aussi les communs, le parc avec ses fabriques, et l’allée de tilleuls, témoignant d’un patrimoine architectural et paysager préservé malgré les aléas de l’histoire.
La famille Talon, notamment Antoine Omer Talon (député en 1789) et sa fille Zoé (favorite de Louis XVIII), marqua profondément l’histoire du lieu. Le château fut aussi un lieu de mémoire pendant la Première Guerre mondiale, accueillant des enfants orphelins sous l’égide du Comité américain pour les régions dévastées (CARD). Ces épisodes illustrent son rôle à la fois résidentiel, politique et humanitaire à travers les siècles.
L’architecture du château, avec ses douves, ses ponts dormants et ses communs symétriques, incarne les canaux de l’architecture classique française. Les modifications apportées au XVIIIe siècle, comme l’aménagement du parc et des fabriques, reflètent l’influence des Lumières sur les résidences aristocratiques. Aujourd’hui propriété privée, le château reste un témoignage majeur du patrimoine historique et culturel d’Eure-et-Loir.
Les archives mentionnent également des personnages locaux liés au château, comme Rémy Claye, député à l’Assemblée constituante, ou Vincent Chevard, maire de Chartres et notaire, dont les familles étaient associées à la gestion du domaine. Ces liens renforcent l’ancrage du château dans l’histoire sociale et politique de la région Centre-Val de Loire.