Origine et histoire
Le château du Champ, situé à Altier en Lozère, trouve ses origines à la fin du XIIIe siècle comme maison forte édifiée par la famille d'Altier, l'une des plus anciennes du Gévaudan. Construit sur un éperon rocheux enserré par la rivière Altier, son emplacement stratégique dans un méandre étroit rendait toute attaque difficile. Ce « castrum » initial, organisé en équerre avec trois tours et un donjon isolé, reflétait les besoins défensifs de l'époque médiévale. Le site, classé en 1942, fut progressivement transformé par ses propriétaires successifs, tout en conservant des éléments féodaux marquants comme les murailles en schiste et le fossé protecteur.
Transmis par héritage féminin pendant sept siècles, le château passa des mains des Altier (1308-1375) à la famille Borne d'Altier (1375-1828) via le mariage d'Armand de Borne avec Delphine d'Altier en 1375. Cette lignée, titrée comte d'Altier et marquis du Champ, marqua profondément l'histoire du lieu. Après la Révolution, le château fut racheté par la famille Chapelain (1812-1905), qui entreprit des rénovations majeures comme le rehaussement des tours décapitées et la création d'une galerie vestibule. Les transformations du XIXe siècle, incluant un crépissage des façades, lui donnèrent son aspect actuel, entre caractère féodal et élégance romantique.
L'architecture du château évolue significativement entre le XVe et le XVIIIe siècle. L'ajout de l'aile nord au XVIe siècle, reconnaissable à ses fenêtres à meneaux Renaissance, relia le donjon au corps principal, formant un plan en « U ». Au XVIIIe siècle, des percements de grandes fenêtres et la création d'un perron à double révolution adoucirent son aspect défensif, tandis que la chapelle médiévale fut convertie en cuisine. Pendant la Révolution, le château subit des dégradations : tours rasées, pillages et saisie des terres. Les dernières modifications, comme la démolition du rempart intérieur par les Chapelain, révélèrent la cour centrale encore visible aujourd'hui.
Classé monument historique en 1942 (site) puis en 1965 (façades, toitures et parc), le château du Champ reste une propriété privée depuis 1928, détenue par la famille Varin d'Ainvelle. Son histoire reflète celle du Gévaudan, entre pouvoir seigneurial, transmissions familiales complexes et adaptations architecturales. Bien que non ouvert au public, il fut utilisé comme décor pour le film Saint-Jacques... La Mecque (2005) et témoigne, par ses pierres, de près de 700 ans d’une même lignée propriétaire, un cas rare dans le patrimoine français.
Le château s’inscrit dans un paysage cévenol spectaculaire, entre vallons verdoyants et falaises abruptes, à proximité des chemins de randonnée GR 68 et GR 44. Son donjon élancé, ses échauguettes et ses deux enceintes successives (extérieure avec tours de défense, intérieure avec rempart) illustrent les techniques militaires médiévales. Les matériaux locaux – granit, calcaire et schiste – et les aménagements successifs (du Moyen Âge au XIXe siècle) en font un exemple unique d’évolution architecturale, où se mêlent traces féodales, Renaissance et modifications modernes. Son isolement initial, renforcé par la rivière et les reliefs, en fit un symbole de pouvoir dans cette région frontalière du Languedoc.