Origine et histoire
Le château du Duc de Dino, situé à Montmorency dans le Val-d’Oise, est un monument emblématique du 4e quart du XIXe siècle. Il s’inscrit dans la continuité du parc de Montmorency, un domaine historique créé au XVIIe siècle, mais démantelé en 1820. Ce château, de style Renaissance italienne, fut édifié entre 1879 et 1885 à l’initiative d’Isaac Léopold Sée, un banquier parisien d’origine alsacienne, sur une parcelle acquise en 1878. L’architecte local Pierre Victor Cuvilier dirigea les travaux, donnant naissance à une demeure asymétrique marquée par deux corps de logis et des communs remarquables. La propriété, initialement conçue comme un symbole de réussite sociale, fut cependant vendue dès 1885 en raison des revers financiers de Sée.
En 1886, le château fut racheté par Adèle Livingston-Stevens, qui épousa peu après le marquis Charles Maurice Camille de Talleyrand-Périgord, futur duc de Dino. Le couple entreprit d’importants travaux d’agrandissement et de modernisation, ajoutant des commodités innovantes pour l’époque : eau courante, chauffage à air pulsé, électricité et même un ascenseur. Le parc fut également reconfiguré et élargi, mais la séparation du couple à la fin du XIXe siècle entraîna une nouvelle vente. Le château changea ensuite plusieurs fois de mains au XXe siècle, subissant diverses transformations avant d’être acquis par la Ville de Montmorency en 1991.
Depuis 1991, le château abrite l’association MARS 95, dédiée à la protection de l’enfance. En 2018, il obtint le label « Patrimoine d’intérêt régional », reconnaissant sa valeur historique et culturelle. Le site fut inscrit aux Monuments historiques par arrêté du 17 novembre 2022 pour son château, ses dépendances et son parc, tandis que deux salles de bains exceptionnelles (mauresque et japonisante) furent classées le 30 juillet 2024. Ces éléments décoratifs, ainsi que des pièces comme la salle à manger Henri II ou le salon Louis XVI, illustrent l’éclectisme architectural de l’époque. Le château, entouré d’un périmètre de protection de 500 mètres, reste un témoignage des fastes de la bourgeoisie du XIXe siècle et de l’influence des propriétaires successifs, notamment le duc de Dino, dont les initiales « D » ornent encore la grille du parc.
L’architecture du château reflète une volonté d’ostentation et de confort moderne, caractéristique des résidences secondaires de l’élite parisienne de la fin du XIXe siècle. Situé à proximité du lac d’Enghien et de la forêt de Montmorency, il s’insère dans un paysage boisé, héritier des anciens domaines de Charles Le Brun et Pierre Crozat. Les dépendances, ajoutées sous la direction de Pierre Victor Cuvilier, complètent cet ensemble monumental, aujourd’hui protégé et surveillé par les Architectes des bâtiments de France. Le château du duc de Dino incarne ainsi à la fois un patrimoine architectural remarquable et une page de l’histoire sociale et économique de l’Île-de-France.