Origine et histoire
Le château du Gigersbourg, ou Girsberg, est un château fort alsacien édifié au XIIe siècle par la famille Girsberg, dont il porte le nom originel. Situé à 408 mètres d’altitude, à 1 km au sud de Wihr-au-Val (Haut-Rhin), il servait de siège à une cour seigneuriale (Dinghof). Son nom actuel, Gigersbourg, résulte d’une déformation locale de Girsberg, famille noble qui le construisit et en fit son château patrimonial (Stammburg Girsperc), mentionné dès 1303.
Les origines du château remontent à l’acquisition de droits seigneuriaux par les Girsberg sur Wihr-au-Val, initialement détenus par la famille Butenheim. Avoués de l’abbaye de Payerne, les Girsberg administrèrent les terres abbatiales entre Saint-Gilles et Griesbach, tout en fortifiant leurs possessions. Leur première mention historique date de 1185 dans les annales colmariennes, bien que la date exacte de construction du château reste inconnue.
Au XIIIe siècle, les Girsberg entrent en conflit avec leurs voisins, notamment les Rappoltstein, l’évêque de Strasbourg et les Hattstatt. En 1279, ils incendient Wihr-au-Val et son château, le Sonnenbourg. Leurs tensions culminent en 1281 avec la construction du Staufenberg, détruit la même année par les vassaux de l’évêque. En 1284, une reconstruction du Staufenberg est à nouveau rasée par Conrad-Werner de Hattstatt, marquant l’escalade des hostilités.
L’apogée des conflits intervient en 1290, lorsque l’empereur Rodolphe II de Habsbourg ordonne le siège du Girsberg après l’assassinat de Sigfrid de Gundolsheim, représentant impérial. Les troupes colmariennes assiègent le château pendant 23 à 30 semaines, utilisant des trébuchets et des galeries de mine pour affaiblir ses défenses. Les Girsberg, vaincus en 1291, sont emprisonnés dans leur propre château et contraints de le démanteler en 1293.
Libérés après deux ans, les Girsberg reconstituent le château en 1296, profitant de la mort de Rodolphe II. Cependant, des luttes fratricides affaiblissent la famille. En 1306, Henri-le-Jeune de Rappoltstein assiège à nouveau le château, forçant les Girsberg à lui céder leurs droits sur Wihr-au-Val et le Girsberg. En 1316, ils échangent définitivement le château contre celui de Stein près de Ribeauvillé, marquant son abandon.
Déserté, le Girsberg tombe en ruine dès le XIVe siècle. En 1397, les Rappoltstein envisagent sa réhabilitation, sans suite. La ruine et ses terres sont cédées à l’abbaye de Murbach en 1510. Aujourd’hui, il n’en subsiste que deux murs maçonnés, des fossés et des traces des sièges subis, témoins de son histoire tourmentée.