Origine et histoire du Château du Haut-Clairvaux
Le château du Haut-Clairvaux, situé sur une colline dominant la vallée de l'Envigne à Scorbé-Clairvaux (Vienne, Nouvelle-Aquitaine), fut édifié à partir du XIe siècle, sous l'impulsion d'Hugues Ier de Clairvaux, proche du Comte d'Anjou Foulque Nerra. Sa position stratégique, entre les comtés d'Anjou et d'Aquitaine, en fit un enjeu majeur dès sa construction. Le site, initialement conquis par Geoffroy Ier d'Anjou au Xe siècle, devint un point de contrôle clé pour les seigneurs locaux.
En 1182, Richard Cœur de Lion, alors Duc d'Aquitaine, ordonna la fortification du château, y ajoutant un donjon flanqué de sept tours crénelées et des douves profondes. Cette fortification, perçue comme une provocation par son frère Henri le Jeune, déclencha un conflit familial résolu temporairement par leur père Henri II, qui prit le contrôle du château. La mort d'Henri le Jeune en 1183 mit fin à cette dispute, mais le château conserva son importance militaire jusqu'à son abandon au XVIe siècle.
Au cours des guerres de Religion (1569), le château fut occupé par le capitaine Teil, partisan de l'amiral de Coligny. Après son démantèlement à la fin du XVIe siècle, ses pierres furent réutilisées pour des constructions locales. Seuls une tour et une chapelle seigneuriale subsistent aujourd'hui, classées Monuments Historiques en 1926. Des fouilles archéologiques (2014-2020) ont révélé des structures uniques, comme une tour maîtresse en fer à cheval, confirmant son rôle central dans l'architecture militaire de Richard Cœur de Lion.
Partiellement restauré en 1995, le site a vu ses vestiges archéologiques inscrits en 2024. Les découvertes récentes, incluant une porterie monumentale et des fossés profonds, soulignent son statut de « Château-Gaillard de l’Aquitaine », un programme majeur de Richard entre 1180 et 1200. Le troubadour Bertran de Born évoqua d’ailleurs sa construction dans une chanson, reflétant les tensions politiques de l’époque entre les Plantagenêts.
Aujourd’hui, les restes du château (chapelle et donjon) sont protégés, tandis que les parcelles archéologiques, réparties sur plusieurs lots cadastraux, témoignent de son étendue passée. Propriété mixte (commune et privés), le site reste un vestige emblématique des luttes féodales et de l’ingénierie militaire médiévale en Poitou.