Origine et histoire du Château du Haut-Ribeaupierre
Le château du Haut-Ribeaupierre, aussi nommé Altenkastel (« vieux château ») dès le XIIIe siècle, est l’un des trois châteaux surplombant Ribeauvillé dans le Haut-Rhin. Mentionné pour la première fois en 1254 sous le nom Rabaldi Petra alto, il fut francisé en Haut-Ribeaupierre après son appellation allemande Hohe Rappolstein (1361). Construit sur un site potentiellement occupé depuis l’époque gallo-romaine, il fut initialement propriété des comtes d’Eguisheim avant de passer aux seigneurs de Ribeaupierre au XIIe siècle. Son donjon circulaire et ses courtines datent en partie du XIIIe siècle, tandis que le logis, utilisé comme prison aux XVe et XVIe siècles, fut ajouté plus tard.
Le château joua un rôle stratégique et symbolique pour la seigneurie de Ribeaupierre. En 1280, 1284 et 1286, l’empereur Rodolphe Ier du Saint-Empire y séjournait, et un traité y fut signé entre le roi Charles VII de France et le sire de Ribeaupierre, engageant ce dernier à maintenir le fort accessible aux troupes françaises. Au XIVe siècle, Brunon de Ribeaupierre y emprisonna le chevalier anglais John Harleston (1384–1387) pour sa haine des Anglais, puis Philippe Ier de Croÿ, allié de Charles le Téméraire, en 1477. Le château, abandonné après le XVIe siècle (probablement pendant la Guerre de Trente Ans), fut restauré au XIXe siècle par l’architecte Charles Winkler, qui consolida les maçonneries et reconstitua les merlons du donjon.
Aujourd’hui en ruines et envahi par la végétation, le Haut-Ribeaupierre se compose d’un bâtiment d’entrée à doubles portes (XVIe siècle), d’un donjon circulaire en grès rose soutenu par un arc brisé, et d’une courtine nord percée d’ouvertures rectangulaires. Les vestiges incluent aussi une basse cour, une citerne voûtée, et des traces de logis médiéval. Classé monument historique dès 1841, il fait l’objet de consolidations régulières, dont une restauration complète en 1999–2000. Son iconographie, rare avant le XIXe siècle, provient notamment d’un dessin de 1643 (copie de 1844) et de gravures de Merian, montrant son déclin progressif.
La famille de Ribeaupierre, détentrice du château depuis le XIIe siècle, en fit un symbole de pouvoir avant qu’il ne devienne une prison pour personnages illustres ou marginaux (sorcières, juifs). Son architecture reflète des adaptations successives : la courtine ouest et le donjon datent du XIIIe siècle, le logis-prison du XVe, et l’entrée fortifiée du XVIe. Les fouilles et études (notamment par T. Biller et B. Metz) suggèrent une occupation continue jusqu’à son abandon, suivi de restaurations modernes pour préserver ce témoignage de l’histoire alsacienne.