Origine et histoire du Château du Lude
Le château du Lude, situé dans la commune du même nom en Sarthe, occupe un site stratégique aux confins du Maine, de l'Anjou et de la Touraine, occupé dès le haut Moyen Âge. À l'origine se trouvait sur la rive gauche du Loir une motte castrale, érigée après les incursions vikings, puis une forteresse en maçonnerie fut construite à l'emplacement actuel entre le XIIIe et le XVe siècle. Au cours de la guerre de Cent Ans, le château fut défendu avec vigueur, occupé brièvement par les Anglais puis repris par les troupes françaises après un siège. Jean de Daillon acquit la seigneurie en 1457 et, avec l'architecte Jean Gendrot, transforma progressivement l'ancienne forteresse en logis de plaisance, donnant notamment naissance à la façade dite François Ier. Les travaux engagés à la fin du XVe siècle et au XVIe siècle qualifient le Lude comme un témoin de la transition entre défense médiévale et architecture de la Renaissance. La propriété reçut des hôtes royaux et fut élevée successivement en comté puis en duché-pairie, les familles Daillon, Roquelaure et Rohan contribuant à son histoire avant sa vente au milieu du XVIIIe siècle. Acquis par Joseph Julien Duvelaër, puis légué à Françoise Butler, marquise de La Vieuville, le château fut réorienté et complété par une aile néoclassique conçue par Jean-Benoît-Vincent Barré, qui modifie l'orientation du logis. La famille de Talhouët entreprit ensuite d'importantes campagnes de restauration au XIXe siècle, faisant appel à plusieurs architectes pour réparer, relever et embellir l'édifice sans supprimer ses caractères Renaissance. Le marquis de Talhouët puis ses descendants poursuivirent les travaux et les enrichissements jusqu'au XXe siècle ; le château resta dans la même lignée familiale et fut animé d'un son et lumière créé en 1958, qui contribua à sa renommée jusqu'en 1995. Le monument, ses ailes, ses terrasses, les communs et une grande partie des aménagements ont été inscrits ou classés au titre des monuments historiques, et le tympan hydraulique lié au système d'irrigation a fait l'objet d'une protection par arrêté récent.
Par son élévation et l'assemblage de trois ailes flanquées de tours rondes, le château mêle des éléments Renaissance, néoclassiques et néogothiques, tout en conservant des vestiges de son appareil défensif dans la partie basse et les douves. La façade François Ier se distingue par ses fenêtres à meneaux, pilastres, frontons et médaillons sculptés, tandis que la façade Louis‑XVI, conçue dans le style néoclassique, présente un corps central orné de niches, médaillons et d'un fronton aux armes des propriétaires. La façade nord, restaurée au XIXe siècle dans un esprit néogothique, comporte lucarnes, balcons et motifs sculptés qui rappellent l'histoire de la demeure. Les communs du XVIIe siècle conservent écuries voûtées, grenier à blé et charpente ancienne ; ils ont fait l'objet d'une protection patrimoniale.
Les intérieurs reflètent la diversité stylistique du château : le vestibule de la Renaissance, richement décoré et couvert d'un plafond à caissons, ouvre sur un escalier monumental qui dessert les niveaux supérieurs et la bibliothèque aménagée au XIXe siècle. L'oratoire converti en studiolo constitue un ensemble peint de la Renaissance, organisé en registres et illustrant scènes bibliques, allégoriques et épisodes de la vie de Joseph ; ces décors, dissimulés avant la Révolution, ont été mis au jour au XIXe siècle. Les cuisines voûtées, situées dans le prolongement des douves, conservent les équipements d'époque et les aménagements permettant la conservation et la distribution des denrées.
Le parc et les jardins, aménagés sur environ six hectares, témoignent d'évolutions successives : terrasses liées aux fortifications, jardin suspendu, allées et bassins. Les abords ont été transformés au XIXe siècle par le paysagiste Édouard André, qui a dessiné notamment le potager et contribué au ton romantique de certains secteurs, tandis qu'une machine élévatrice des eaux installée au bord du Loir en 1851 a servi à alimenter un réseau de canaux pour l'irrigation, remplacée ultérieurement par un tympan hydraulique protégé. À partir des années 1980 et jusqu'à aujourd'hui, les jardins combinent une roseraie, des jardins à la française et à l'anglaise, un vaste potager en terrasses et des zones botaniques ; le jardin de l'Éperon, le jardin bas le long du Loir et le jardin de la Source présentent des compositions et plantations spécifiques, haies d'ifs, massifs et éléments paysagers. Les jardins détiennent le label "Jardin remarquable" et accueillent des manifestations saisonnières, dont la Fête des jardiniers qui attribue le prix P.-J.-Redouté.
Le château demeure une propriété privée habitée par les descendants, qui poursuivent l'accueil du public et l'animation culturelle du site tout en veillant à la conservation des bâtiments, des collections et des jardins.