Origine et histoire
Le château du Mirail, situé à Toulouse dans le quartier éponyme, trouve ses origines au XVe siècle avec le domaine agricole de Jean de Forges, repris en 1478 par Guillaume de Cosmans, surnommé lo Miralh en raison de son auberge el Miral. Ce domaine de 40 hectares, incluant ferme, vignes et bois, passe entre les mains de plusieurs familles bourgeoises toulousaines, dont les d'Espie et les Mondran. Entre 1645 et 1680, Jean-François ou Guillaume de Mondran, membres influents de la société toulousaine (avocats, capitouls, ou académiciens), font construire le château actuel. Guillaume, également membre de l’Académie des Beaux-Arts, agrandit le domaine à 52 hectares et y ajoute une chapelle, une orangerie et un parc aménagé entre 1700 et 1720. Sans héritier, il vend le domaine en viager aux Jésuites en 1740 pour 30 000 livres, mais ceux-ci en sont spoliés en 1763 lors de leur bannissement du royaume.
Durant la Révolution française, le domaine devient un camp militaire sous le commandement du général Lacuée, servant à l’entraînement des volontaires pour les armées des Pyrénées. Au XIXe siècle, il change plusieurs fois de mains : Gabrielle-Julienne Sabatier (1829), Jules de Lapersonne (propriétaire des Galeries Lapersonne, 1868), puis Eugénie de Roucoule, épouse du drapier Jacques Ningres (1912). En 1942, Eugénie lègue le château aux Jésuites, qui y installent une école agricole en 1947 et une maison de retraite spirituelle, Notre-Dame du Mirail, en 1955. Cependant, pendant la Seconde Guerre mondiale, la Wehrmacht réquisitionne les lieux de 1942 à 1946.
Dans les années 1960, la mairie de Toulouse, dirigée par Louis Bazerque, lance un projet de ville nouvelle au sud-ouest de la ville : la ZUP du Mirail, confiée aux architectes Georges Candilis, Alexis Josic et Shadrach Woods. En 1964, le domaine du Mirail est exproprié pour accueillir la nouvelle université de lettres, devenue l’université Toulouse-Jean-Jaurès. Le château, initialement utilisé pour l’administration universitaire, abrite aujourd’hui le Laboratoire de recherche en architecture (LRA) de l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse. Son parc, son pigeonnier du XVIIIe siècle (classé Monument historique en 1994) et son escalier monumental à trois volées témoignent de son riche passé.
Le château, de style classique toulousain, se distingue par son plan en L flanqué de deux tours carrées, ses façades en brique et ses ouvertures rectangulaires ou segmentaires. La tour nord-ouest, ornée d’une demi-croisée sculptée de fleurs, et la tour sud-est, percée de fenêtres sur trois niveaux, encadrent un corps de bâtiment principal à deux étages. Le parc, en terrasses surplombant la Garonne, conserve des aménagements du XVIIIe siècle, comme le bassin, le canal et la source alimentant une fontaine. Le pigeonnier, restauré en 2000, illustre les techniques agricoles d’époque avec ses boulins en osier et son dispositif anti-rongeurs.
L’histoire du château reflète les mutations sociales et urbaines de Toulouse : d’un domaine agricole médiéval à une résidence aristocratique, puis à un lieu militaire, religieux et enfin universitaire. Son intégration dans la ZUP du Mirail, symbole de modernité dans les années 1960, contraste avec son architecture classique, créant un dialogue entre patrimoine et contemporanéité. Aujourd’hui, bien que les bâtiments universitaires voisins aient été partiellement reconstruits, le château du Mirail reste un marqueur identitaire du quartier, mêlant mémoire historique et vie étudiante.
Le monument est accessible via le métro (ligne A, station Mirail-Université) ou les lignes de bus L14, 18 et 87. Son adresse exacte, 3 impasse du Recteur-Paul-Lapie, place le site au cœur d’un campus dynamique, où étudiants et chercheurs côtoient ce témoignage architectural des XVIIe et XVIIIe siècles.