Origine et histoire
Le château du Paty, situé à Chenu en Sarthe, trouve ses origines au XVe siècle, bien que des traces de dispositions anciennes évoquent une motte féodale antérieure. À l’origine, ce lieu servait de résidence au voyer, un officier de justice et de police délégué par l’abbaye de Tours pour administrer la seigneurie locale. Ce fonctionnaire, comparable à un shérif médiéval, y exerçait des pouvoirs judiciaires et fiscaux sans caractère héréditaire, ce qui explique l’absence de lignée seigneuriale attachée au Paty avant le XVe siècle. La motte primitive, entourée de douves, aurait abrité une construction en bois remplacée progressivement par des éléments en pierre, comme en témoignent les fondations des XIIe-XIIIe siècles.
À partir de 1470, le château prend une nouvelle dimension sous l’impulsion d’Hélie de Bourdeille, archevêque de Tours et confesseur de Louis XI. Ce prélat influent, connu pour son rôle dans la réhabilitation de Jeanne d’Arc, acquiert le Paty et entreprend sa reconstruction dans un style transitionnel entre Moyen Âge et Renaissance. Les tours existantes (notamment celle du XIIIe-XIVe siècle, dotée de meurtrières) sont intégrées à un nouveau logis, tandis que les douves sont élargies. Après sa mort en 1484, le domaine passe à sa famille, dont Pierre de Bourdeille, abbé de Brantôme et figure littéraire, avant de changer de mains via des alliances matrimoniales.
Les siècles suivants voient le château évoluer : au XVIIIe siècle, un escalier intérieur est aménagé (vers 1770), mais les travaux sont interrompus par la Révolution. Les ouvertures sont majoritairement refaites à cette époque, tandis que la charpente, datée de 1550, et la couverture en ardoises (restaurée en 2011-2012) révèlent des techniques artisanales locales. Au XIXe siècle, des pavillons latéraux sont ajoutés aux écuries du XVIe-XVIIe siècle, et un pont enjambant les douves est construit en 1850, remplaçant un ancien pont-levis. Le domaine, ouvert au public depuis le XXe siècle, reste dans la même famille depuis son acquisition en 1909 par Joseph Langellier Bellevue, un héritier martiniquais.
Le château du Paty incarne ainsi une stratification historique complexe : d’abord siège d’une autorité ecclésiastique médiévale, il devient une résidence aristocratique avant de s’adapter aux goûts classiques. Son architecture, marquée par des éléments défensifs (tours, douves) et des aménagements résidentiels, reflète les transitions politiques et sociales de la Sarthe, entre influence angevine, pouvoir épiscopal et héritages familiaux. Les protections au titre des Monuments Historiques (1977) soulignent sa valeur patrimoniale, notamment pour ses façades, toitures et pont d’accès.
La fonction originelle du Paty comme maison de fonction pour le voyer de Tours explique son rôle central dans la seigneurie de Chenu. Contrairement aux châteaux forts voisins, il n’était pas conçu pour la guerre mais pour l’administration locale, comme en attestent les archives mentionnant les fiefs mouvants du Paty (Maison Rouge, Bruère). Cette spécificité, combinée à l’absence de lignée seigneuriale fixe avant le XVe siècle, en fait un témoignage rare des structures pré-féodales en Anjou-Touraine, où l’Église et les comtes se partageaient l’autorité.
Au XXe siècle, la transmission du domaine à la famille Huyghues Despointes (depuis 2006) assure sa pérennité, avec des restaurations majeures comme celle de la toiture (2011-2012). Le parc, accessible au public de mai à octobre, et les éléments protégés (portail, pont sur douves) perpétuent la mémoire d’un lieu où se croisent histoire judiciaire médiévale, architecture Renaissance et héritage colonial, via la famille Langellier Bellevue. Les ardoises des tours, au nombre identique pour chaque rangée (3700 par tour), illustrent un savoir-faire artisanal préservé depuis le XIXe siècle.