Origine et histoire du Château du Prieuré
Le Château du Prieuré trouve ses origines au IXe siècle, bien que les premières traces écrites datent du XIe siècle. Fondé en 1080 par le comte de Beaumont, Ives, et son épouse Adèle, le prieuré Sainte-Honorine était initialement lié à l’abbaye du Bec-Hellouin. Un incendie, consécutif à un conflit entre Mathieu Ier de Beaumont et Bouchard de Montmorency, détruisit le castrum, l’église et le prieuré vers 1085. Les reliques de sainte Honorine, miraculeusement épargnées, furent transférées dans une nouvelle église reconstruite vers 1086. Au Moyen Âge, le monastère, placé en commende, se dégrada progressivement, comme en témoignent les rapports de 1596 et 1750 décrivant son état de ruine.
Au XVIIIe siècle, l’église médiévale, jugée vétuste, fut remplacée par un nouvel édifice de style classique (1750-1752), conçu par les architectes Delespine et Payen. Les bâtiments conventuels, organisés en U, incluaient un cloître disparu avant 1600, un dortoir effondré sur la rue aux Moines, et des celliers du XIVe siècle encore visibles. La Révolution française marqua un tournant : le prieuré, vendu comme bien national en 1791, fut morcelé, la chapelle devenant salle d’assemblée avant d’être détruite entre 1819 et 1821.
Au XIXe siècle, le domaine devint une résidence privée. Acheté en 1808 par la famille Lhéritier de Chézelles, il fut profondément remanié : le logis abbatial fut transformé, un jardin à l’anglaise aménagé, et une glacière installée dans une salle voûtée ogivale. Entre 1829 et 1850, plusieurs propriétaires se succédèrent, dont Marguerite Fardel, qui y ajouta un réservoir alimenté par la Seine et une orangerie. Joséphine Marcal, puis son fils Jules Gévelot (à partir de 1868), entreprirent des travaux majeurs : construction d’une aile septentrionale (1856), d’un passage souterrain vers la Seine (1881), et réaménagement des façades en styles néo-Renaissance et néo-gothique. Le château fut agrandi vers le nord (porche en 1872, aile nord en 1875), et doté d’un jardin d’hiver, d’une cascade, et d’un colombier.
Au XXe siècle, la veuve de Jules Gévelot, Emma, conserva le domaine jusqu’en 1927. Ses héritiers le vendirent à la ville de Conflans en 1931 pour 2 millions de francs (dont 1 million de subventions du conseil général de Seine-et-Oise). Le Grand Cellier du prieuré fut classé monument historique en 1950, et le site entier en 1944. Depuis 1966, le château abrite le musée de la Batellerie, tandis qu’une grange reconvertie honore la mémoire du résistant Joseph Bouyssel, instituteur et membre du maquis de Meilhan pendant la Seconde Guerre mondiale.