Origine et histoire du Château du Quesney
Le château du Quesney, situé à Vatteville-la-Rue en bordure de la Seine, trouve ses origines au XIe siècle sous l’impulsion de Robert de Beaumont († 1118), compagnon de Guillaume le Conquérant. Ce dernier lui aurait cédé le fief de Vatteville et la forêt de Brotonne, où un premier donjon en bois fut probablement érigé sur une motte. Le site, stratégique, surveillait alors un petit port fluvial et contrôlait un axe majeur entre Rouen et Paris.
En 1123, le château devient le théâtre d’une rébellion lorsque Galeran de Beaumont-Meulan (1104-1166), héritier du fief, s’y réfugie pour comploter contre Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Assiégé et capturé en 1124, son château est détruit. Libéré cinq ans plus tard, Galeran reconstruit la forteresse entre 1128 et 1154 : un donjon polygonal en pierre (shell-keep) remplace la structure bois, accompagné d’un logis seigneurial et d’une chapelle dédiée à la Vierge, mentionnée dans une charte avant 1154. Ces aménagements reflètent l’évolution des châteaux normands vers des résidences fortifiées en dur.
Au XIIe siècle, le domaine reste aux mains des Beaumont-Meulan jusqu’à ce que Jean sans Terre s’en empare vers 1195, reconstruisant partiellement les bâtiments. La conquête de la Normandie par Philippe Auguste (1204) marque un tournant : Vatteville est confisqué au profit de la couronne française. Le château, désormais géré par des gouverneurs royaux (comme Erchembauld en 1232 ou Réginald Dequestot sous Charles V), voit ses défenses entretenues malgré l’obsolescence progressive des forteresses médiévales. Des archives attestent de réparations au pont-levis en 1381 et d’inspections régulières, comme celle de Guillaume Anxeau, bailli de Rouen, en 1370.
Les fouilles archéologiques menées entre 1994 et 1998 par Anne-Marie Flambard Héricher ont révélé l’organisation du site : une motte ceinte de fossés, une basse-cour abritant logis, chapelle, forge et sellerie, ainsi que des artefacts (céramiques, objets métalliques). La chapelle, active jusqu’au XVIe siècle, servait de lieu de rassemblement pour les habitants, comme en témoigne un texte de 1564 la décrivant « bien garnie ». Les vestiges — motte, basse-cour et fossés — sont inscrits aux monuments historiques depuis 1996.
La position géographique du château, en aval de Rouen et sur un axe fluvial majeur, explique son rôle persistant malgré le déclin de sa fonction militaire. Au XIVe siècle, bien que les conflits comme la guerre de Cent Ans rendent les forteresses vulnérables, Vatteville conserve une importance logistique, comme en attestent les mandements royaux pour son entretien. Son abandon progressif s’inscrit dans l’évolution des systèmes défensifs, mais son histoire reflète les enjeux politiques et territoriaux de la Normandie médiévale, entre pouvoir ducale, royal et seigneurial.