Origine et histoire
Le château du Reclos trouve ses origines en 1405, lorsque Pons de Villeneuve, seigneur de Bargemon, acquiert des terres alors constituées d’un simple verger. En 1481, face aux pillages récurrents en Provence, Françoise de Grasse, épouse de Christophe de Villeneuve, supervise la construction d’un mur d’enceinte de 1,5 km et d’une tour de guet pour protéger le domaine. Ces fortifications, édifiées en quatre ans, marquent la volonté de sécuriser un territoire récemment rattaché à la France sous le règne de François Ier.
Au XVIIe siècle, le domaine se modernise avec la création de bassins d’irrigation, dont un grand bassin de 90 mètres en 1647, conçu par François de Villeneuve pour irriguer les terres et élever des carpes. En 1696, Joseph de Villeneuve, inspiré par les pavillons du château de Marly après un séjour à la cour de Louis XIV, initie la construction du pavillon central, futur cœur du château. Ce bâtiment, initialement conçu comme un pavillon de chasse sous Louis XV, évolue au fil des siècles.
Le XIXe siècle voit l’ajout de deux ailes et de tourelles, transformant le pavillon en un château néoclassique sous Napoléon III. La famille Villeneuve, qui compte quatre préfets sous Louis XVIII, en fait sa résidence d’été, abandonnant l’ancien château féodal du village. Le domaine, clos de murs (d’où son nom Reclos), devient un lieu de villégiature entouré d’un parc paysager mêlant pins, buis et plantes exotiques.
Les deux guerres mondiales marquent un tournant : la Première Guerre décime l’héritier désigné, et la Seconde voit les troupes italiennes occuper le château comme quartier général, peu après l’évacuation du matériel de la Résistance. Après 1945, le comte Raymond de Villeneuve-Bargemon convertit le domaine en home d’enfants, vocation qu’il conserve jusqu’à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, le Reclos accueille des groupes pour des activités culturelles ou sportives.
Une anecdote marquante concerne Joseph de Villeneuve, qui, sous la Terreur, plaide sa cause auprès de Robespierre en 1793 pour éviter la confiscation du domaine. Lors d’un dîner à Saint-Cézaire-sur-Siagne, Robespierre, impressionné par son sang-froid, autorise la famille à conserver ses terres. Trois mois plus tard, la chute de Robespierre sauve les Villeneuve d’un destin incertain, alors qu’ils s’attendaient à monter sur l’échafaud.