Origine et histoire du Château du Rivau
Le château du Rivau, situé à Lémeré en Touraine (Indre-et-Loire), trouve ses origines au XIIIe siècle comme maison forte. Transformé en forteresse au XVe siècle par Pierre de Beauvau, premier chambellan de Charles VII, il devient un château d’agrément à la Renaissance tout en conservant ses éléments défensifs : donjon, douves et pont-levis encore fonctionnel. Ses écuries monumentales, construites au XVIe siècle pour François de Beauvau, fournirent des étalons aux rois de France et marquent une innovation architecturale dans l’histoire des bâtiments équestres.
Le Rivau est indissociable de Jeanne d’Arc, qui y aurait prélevé des chevaux de combat en 1429 avant le siège d’Orléans, durant la guerre de Cent Ans. La famille de Beauvau, alliée aux Valois, y règne jusqu’au XVIIe siècle : François de Beauvau, capitaine de François Ier, meurt à la bataille de Romagne (1524), tandis que Jacques de Beauvau, maréchal de Louis XIV, ruine le domaine avant de le céder en 1697. Épargné par Richelieu grâce à son lien familial, le château décline ensuite, devenant une exploitation agricole au XIXe siècle.
Classé Monument historique dès 1918, le Rivau est sauvé de la ruine en 1992 par Éric et Patricia Laigneau, qui restaurent 5 000 m2 de toitures, 148 fenêtres et les jardins. Ceux-ci, labellisés Jardin remarquable, s’inspirent de contes de fées (Petit Poucet, Raiponce) et abritent des œuvres d’art contemporain. Le potager de Gargantua, inspiré de Rabelais, cultive des variétés anciennes de légumes et vignes disparues.
L’architecture du Rivau mêle médiéval (chemin de ronde, graffitis du XVe siècle) et Renaissance (fresques, badigeons toscans). La salle du festin conserve une fresque biblique redécouverte sous un badigeon, tandis que les écuries, attribuées peut-être à Philibert Delorme, innovent avec leurs voûtes en berceau et leurs bandeaux sculptés. Le château, ouvert au public depuis 2000, organise des expositions (Camille Claudel en 2009) et des fêtes thématiques, perpétuant son lien avec l’histoire et la culture.
Rabelais cite le Rivau dans Gargantua (1534) comme cadeau à un capitaine, soulignant son prestige à la Renaissance. Maurice Genevoix en vante plus tard « la puissance et la grâce » sous le soleil tourangeau. Aujourd’hui, le domaine allie patrimoine, art contemporain et biodiversité, avec 400 variétés de roses et des sculptures intégrées aux jardins.