Origine et histoire du Château du Rove
Le site de Saint-Michel de Gignac, aujourd’hui sur la commune du Rove, est attesté depuis au moins 1350. À l’époque médiévale, il appartenait à la seigneurie de Marignane, s’étendant jusqu’à la mer. Les Templiers en firent au XIIIe siècle une commanderie militaire stratégique, contrôlant la plaine et les axes entre Marseille et Martigues. Ils y bâtirent un château fort en éperon, doté de remparts et de tours carrées, pour lutter contre les incursions sarrasines et les pillards. La chapelle, dédiée à Sainte-Marthe et Saint Michel, patron des Templiers, date de cette période, avec une nef unique et une abside pentagonale.
En 1309, après l’abandon par les Templiers, le site passa aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. En 1388, Raymond de Turenne, de la famille des Baux, assiégea Saint-Michel, incendiant les habitations et rasant les défenses, épargnant seulement la chapelle. Ce conflit s’inscrivait dans les tensions politiques de la Provence du XIVe siècle, opposant les seigneurs locaux et les religieux, comme l’abbé Johan Bonnin de Saint-Victor, allié aux barons contre Raymond de Turenne.
Aujourd’hui, le site conserve la chapelle du XIIIe siècle, restaurée en 1874, ainsi que des vestiges des remparts, tours et une citerne. Classé monument historique en 1977, il est intégré au « site naturel de la côte bleue », protégé par le conservatoire du littoral et inclus dans le réseau Natura 2000. La chapelle, exemple d’architecture romane provençale avec des influences gothiques, abrite un portail à colonnettes et des chapiteaux sculptés, tandis que son intérieur révèle des voûtes ogivales et des consoles ornées, dont une représentant saint Michel.
Le mobilier de la chapelle a été dispersé dans les églises voisines de Gignac-la-Nerthe, Le Rove et Ensuès-la-Redonne. Le clocheton, ajouté à la fin du XVe siècle, et les créneaux encore visibles sur la façade nord témoignent de son passé d’église fortifiée. Le site illustre ainsi l’héritage des ordres militaires médiévaux en Provence, entre défense territoriale et vie religieuse, dans un paysage littoral aujourd’hui préservé.