Origine et histoire du Château du Taureau
Le château du Taureau, situé sur un îlot rocheux en baie de Morlaix (Plouezoc'h, Finistère), fut érigé après l’attaque anglaise de 1522 qui ravagea Morlaix. François Ier autorisa sa construction en 1542, financée par les Morlaisiens en échange du droit de nommer son gouverneur. Le premier fort, centré sur la Tour Française (attribuée à Philibert Delorme), fut reconstruit en 1614 après sa destruction par la mer.
Vauban visita le site en 1689 et critiqua son état, proposant une reconstruction complète en pierre de taille. Les travaux, dirigés par les ingénieurs Garangeau et Frézier, s’échelonnèrent de 1689 à 1745. Le fort fut agrandi avec des casemates, une enceinte renforcée, et une tour dominante, utilisant des granits locaux (île Callot, Batz). Il servit aussi de prison pour des gentilshommes bretons ou des opposants politiques, comme les députés montagnards en 1795.
Désaffecté militairement en 1878, le château devint une prison (accueillant Louis Auguste Blanqui en 1871), puis un centre nautique (1960–1982). Classé monument historique en 1914, il fut restauré entre 2000 et 2006 et ouvert au public. Aujourd’hui, il témoigne de l’évolution des fortifications côtières et de l’histoire maritime bretonne, avec une muséographie centrée sur le XVIIIe siècle.
L’édifice, jamais accessible à pied, symbolise la résistance aux invasions et la stratégie défensive de la France. Ses pierres, extraites des îles voisines, et ses aménagements successifs (canons, fanal, télégraphie) reflètent les progrès technologiques. Le crâne découvert en 1905 dans ses sous-sols rappelle son usage carcéral, tandis que son architecture polylithique en fait un joyau du patrimoine Vauban.
Le château inspira des œuvres littéraires (Fleur-de-Misère de La Landelle, 1884) et fut un lieu de tournage (Secrets d’Histoire, 2020). Sa restauration, portée par une association intercommunale, sauva le monument de la ruine, perçant une cale prévue par Vauban trois siècles plus tôt. Aujourd’hui, il attire 20 000 visiteurs annuels, mêlant histoire militaire, légendes et paysages maritimes.