Origine et histoire du Château du Tiercent
Le château du Tiercent, implanté à l’est de l’église Saint-Martin dans la commune du même nom, est un ensemble castral composé d’un donjon médiéval, de ruines, d’un petit logis dit Chambre des Coëtlogon, d’un grand logis, d’anciennes écuries et d’une métairie. Le donjon, cœur du parc, conserve des éléments défensifs comme des mâchicoulis et un mur en surplomb, tandis que le grand logis, orienté sud, présente une façade sobre en pierre de taille, rythmée par six travées de fenêtres sur trois niveaux, couronnée d’une corniche en granite. La toiture en ardoise, dotée de lucarnes à fenêtres en plein cintre, et le fronton orné d’un cadran solaire et de pots à feu reflètent une architecture soignée, mêlant éléments Renaissance et classiques.
L’histoire du site remonte au moins au XIIe siècle, avec une seigneurie attestée dès 1155, détenue par la famille éponyme du Tiercent jusqu’au début du XVIIe siècle. Au XVe siècle, le château primitif est reconstruit (les Vieilles Salles), dont subsiste aujourd’hui le donjon. Au XVIe siècle, un logis appelé Chambre des Coëtlogon est érigé, partiellement conservé malgré des modifications ultérieures. En 1602, Gilles de Ruellan, proche de Richelieu et d’Henri IV, acquiert la seigneurie et fait construire le grand logis actuel, après l’érection du Tiercent en baronnie en 1608. Ce personnage, qualifié de colossale fortune par Richelieu, édifie également d’autres châteaux en Pays de Fougères. Les écuries, dernier élément construit, datent de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle.
Le château est inscrit aux monuments historiques depuis le 15 décembre 1926 pour son ensemble castral (donjon, logis, écuries et métairie). Les vestiges des Vieilles Salles et du donjon, comme une ancienne porte en arc brisé ou des fenêtres à meneau disparues au XIXe siècle, témoignent des transformations architecturales. La métairie, typique du XVIIe siècle avec ses logements, fournil et grange, ainsi que les écuries en retour d’équerre, illustrent l’évolution des fonctions agricoles et résidentielles du domaine. Certaines pierres en réemploi, comme des armoiries seigneuriales ou une tête sculptée, rappellent l’histoire médiévale du site, bien que l’hypothèse d’un castel romain initial reste incertaine.
L’ensemble, entouré d’une forêt et dominant la vallée de la Minette, occupe une position stratégique sur une hauteur, près de la route menant à Saint-Brice-en-Coglès. Cette localisation, combinée aux vestiges archéologiques et aux sources écrites, suggère une occupation ancienne, bien que les preuves d’un château primitif avant le XIIe siècle manquent. Le château, aujourd’hui partiellement ouvert à la visite, conserve des éléments de décor intérieurs des XVIIe et XIXe siècles, malgré des modifications récentes. Son parc à l’anglaise et ses dépendances (pavillon du cocher, soue à cochons) complètent ce patrimoine représentatif de l’évolution architecturale bretonne, des temps féodaux à l’époque moderne.