Origine et histoire du Château de la Chatonnière
Le château présente un plan carré autour d'une cour, avec deux tours rondes aux angles ouest et les vestiges de deux tours plus petites aux angles est. Au sud, le manoir adopte un plan en H, au centre duquel se situe une petite tour d'escalier polygonale. L'aile ouest est adossée à une tour d'angle complétée dans son retranchement par une petite tour ronde, et une tour circulaire à l'angle nord‑ouest flanque le bâtiment des dépendances. Les tours d'angle et le pavillon des communs semblent partiellement remonter au XIVe siècle. Des vestiges des bases des quatre tours d'angle témoignent d'un château fort rectangulaire construit au quatrième quart du XIVe siècle, reconstruit au quatrième quart du XVIe siècle et remanié au XVIIe siècle.
Les jardins de la Chatonnière, situés à Azay‑le‑Rideau, ont été créés entre 1995 et 2009 par Béatrice Gonzalez de Andia y Elio, qui a hérité de la propriété en 2005 de son père, don Manuel Gonzalez de Andia Talleyrand‑Périgord. Petite‑nièce et filleule d'Hélie de Talleyrand‑Périgord, elle a exercé des responsabilités dans l'action artistique de la Ville de Paris et a joué un rôle dans la sauvegarde du patrimoine familial et religieux. Les plantations et l'entretien ont été assurés par le jardinier Ahmed Azéroual, ancien responsable des jardins de Villandry. Lovés dans le creux d'un vallon de la vallée de l'Indre, à l'écart de la route reliant Langeais à Azay‑le‑Rideau, les sept tours du château sont surplombées par treize jardins étagés en terrasses. Géométriques ou sauvages, colorés et parfumés, ces jardins dessinent un parcours initiatique symbolisant des thèmes tels que l'Élégance, l'Abondance, l'Intelligence, les Sciences, les Romances, les Luxuriances, les Fragrances, le Silence, les Jouissances, les Sens, la Chance, l'Impertinence et le Jardin de la France.
Au sud du manoir, le vallon de l'Élégance offre un salon de verdure sous de hauts tilleuls et des ifs en cône, orné de statues, de vases, de bosquets et de points de vue ; ses glacières, labyrinthes et parterres alternent au fil des saisons — narcisses en mars, tulipes en avril, roses en mai, dahlias en été et un million de cyclamens en automne — et une aquarelle de 1933 représente la façade avec une terrasse créée en 1893, supprimée en 2009. À l'abri d'un coteau planté d'un millier de rosiers couleur de feu, le Jardin de l'Abondance révèle un potager organisé entre buis taillés, où fraises, poireaux, aubergines, basilic, ciboulette, persil, tomates, céleris, choux, blettes et poivrons s'inscrivent dans un dessin en feuille de rosier. À l'aplomb, le Jardin de l'Intelligence, jardin à la française, est encadré de pergolas couvertes de roses rouges et de clématites bleues et présente quatre carrés bleus et rouges animés d'arabesques. Entouré d'un cloître aux arcades bordées d'osier vivant, le Jardin des Sciences se compose d'un damier de quatre‑vingt carreaux alternant gazon et plantes aromatiques médicinales employées au Moyen Âge.
Le Jardin des Romances, inspiré du Songe de Polyphile, forme un collier de trente chambres d'amour rondes aux parois en osier vivant et dômes de rosiers multicolores, avec au centre un labyrinthe d'inspiration viking. Reliant le belvédère au Croissant des Fragrances, le Jardin des Luxuriances s'étire sur un ruban de deux cents mètres planté de quatre cents rosiers anglais David Austin, où, à l'ombre des tilleuls, les roses doubles et parfumées abondent. À flanc de falaise, le Croissant des Fragrances est tapissé de mille rosiers couleur de feu et couronné d'une pergola de roses d'or. Au‑dessus des caves troglodytes, le Jardin des Jouissances offre une vue remarquable sur le château et ses jardins ; ses alcôves parfumées invitent à la méditation.
Au cœur de l'ensemble, le Jardin du Silence, structuré par des cyprès, des carrés de gazon et de buis ornés de vases, conserve un vieux puits et un colombier et présente un caractère à la fois gracieux et sévère. À l'ouest, au pied des tours médiévales, le Jardin des Sens, centré sur un bassin, reprend l'exubérance des mixed borders anglais au sein d'un dessin de buis ; ses massifs concentriques de vivaces et ses rosiers tiges sollicitent la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher et le goût. Le Jardin de la France, qui recouvre collines et mamelons, rend hommage à la Touraine par un vaste espace sauvage où six hectares de coquelicots et de bleuets forment des vagues mouvantes, alternant selon les saisons avec des cosmos. Enroulé autour d'une tour médiévale et inséré dans des murs de laurier, le Théâtre de l'Impertinence accueille gradins de gazon et tomettes rouges et évoque la tradition des théâtres de verdure. Enfin, l'Allée de la Chance ceinture les jardins d'ornement : dessinée en équerre et plantée de tilleuls parfumés, elle suit le mouvement pentu des mamelons.