Origine et histoire du Château et du parc
Le château de Bessay, situé dans le département de la Vendée en Pays de la Loire, est un édifice emblématique dont les origines remontent au 4e quart du XVIe siècle, avec des transformations majeures aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Implanté sur une colline stratégique entre la plaine de Luçon et le marais poitevin, il surplombe les vallées de la Smagne et du Lay, dans un paysage marqué par l’agriculture et un climat propice. Son architecture mêle héritage médiéval et influences Renaissance, reflétant les bouleversements des Guerres de Religion (1562-1598) qui ont marqué la région.
La tour ronde, reconstruite en 1577 par Giron de Bessay, incarne cette dualité : ses créneaux, mâchicoulis et meurtrières évoquent la défense, tandis que son dôme élancé, ses moulures et ses pierres blanches (comme à Chauvigny) trahissent l’esthétique italienne. À l’intérieur, une cave voûtée, une cuisine avec passe-plats, une chambre d’Henri IV ornée d’écus martelés à la Révolution, et une salle des gardes ceinte d’un chemin de ronde illustrent son usage à la fois résidentiel et stratégique. Une légende locale y place même une cossarde, créature fantastique. À proximité, un colombier carré du Bas-Poitou, ancien donjon médiéval remanié, symbolise le pouvoir seigneurial avec ses 3 000 boulins (un par hectare de terre).
Le château est indissociable de la famille Bessay, attestée depuis le XIIIe siècle et liée aux Lusignan par la légende de la fée Mélusine. Giron de Bessay, protestant et proche d’Henri IV, reconstruit la tour en 1577 et affiche ses armes avec celles de son épouse, Renée de Machecoul, sur un cartouche aujourd’hui partiellement effacé. Condamné à mort pour violence et conflits avec l’évêque de Luçon, il incarne les tensions religieuses de l’époque. Son descendant, Charles de Bessay, meurt en 1640 au siège d’Arras en criant sa devise : « Fais ce que tu dois et n’aie pas peur ! ». Sous la Révolution, Paul Isaac de Bessay, 14 ans, rejoint les royalistes vendéens, tandis que deux religieuses de la famille, Bénigne-Marguerite et Louise, sont fusillées en 1794 à Cholet.
Le cardinal Anne-Louis-Henri de La Fare, né dans la tour, marque l’histoire par son rôle aux États Généraux de 1789 et son sermon au sacre de Charles X. Après l’extinction de la lignée en 1873, le château, passé aux de Beaumont, sombre dans l’abandon : la toiture de la tour s’effondre, et une dalle de béton est coulée en urgence. Depuis 1987, des restaurations majeures redonnent vie au site : reconstruction des charpentes (dont celle de la tour ronde par les Compagnons du Devoir), pose de tuiles romaines remplaçant les ardoises du XIXe siècle, et consolidation du colombier. Ces travaux, étalés sur des décennies, ont permis de retrouver la silhouette historique du château.
Classé partiellement dès 1932 (tour ronde) et 1990 (colombier), le domaine est aujourd’hui un témoignage architectural unique, où se mêlent défense, Renaissance italienne et mémoire vendéenne. Le parc, peuplé de cèdres du Liban et de chênes multiséculaires, et le colombier, l’un des plus grands du Bas-Poitou, complètent ce patrimoine chargé d’histoire, des Gaulois aux Guerres de Vendée.