Origine et histoire
Le château de Maillebois, situé dans le Thymerais en Eure-et-Loir, trouve ses origines au Moyen Âge comme forteresse contrôlant le passage entre l’Île-de-France et la Normandie. Incendié par les Anglais en 1425, il est reconstruit sur ses soubassements médiévaux par la famille d’Ô aux XVe et XVIe siècles. Jean d’Ô, puis son fils François (mignon d’Henri III et surintendant des finances), transforment la demeure fortifiée en résidence Renaissance, ajoutant des toitures effilées et des fenêtres. Le château passe ensuite entre les mains de Nicolas Harlay de Sancy, puis des Camus de Jambville, qui érige le domaine en marquisat en 1621.
Au XVIIe siècle, Nicolas Desmarets, neveu de Colbert et contrôleur général des finances, acquiert Maillebois et l’agrandit considérablement. Il déplace un faubourg entier de Blévy pour agrandir le parc, y intégrant des rivières et des allées rayonnantes. Son fils, le maréchal de Maillebois, clôture le parc et embellit davantage le château. Sous la Révolution, le domaine devient un bien national : réquisitionné, inventorié, puis vendu en 1798 à François-Marie-Simon Pâris de Mainvilliers, qui ne peut finaliser l’achat. La duchesse de Fitz-James, revenue d’exil en 1801, rachète le château avant de le revendre en 1807.
Au XIXe siècle, le vicomte Charles-François Tardieu de Maleissye, royaliste et ancien émigré, restaure partiellement le château en démolissant deux tours vétustes et en unifiant les façades. Il lègue le domaine à son fils en 1848. En 1880, Lionel-Henri Latham, héritier d’une dynastie de négociants protestants, acquiert Maillebois et modernise les écuries (1882), utilisant des matériaux locaux (silex, briques polychromes, marbre). Son petit-fils, Lionel Armand-Delille, habite encore le château au XXe siècle. Le parc, les communs et les écuries, classés monuments historiques entre 1941 et 2000, témoignent de cette histoire mouvementée.
L’architecture du château mêle styles médiéval, Renaissance et classique. La façade sud, ornée de motifs géométriques en briques vernissées, contraste avec la sobriété de la façade nord. Les communs, construits par Desmarets, encadrent une avant-cour où subsistent des traces des pigeonniers et des dépendances d’origine. Le parc, dessiné au XVIIe siècle, conserve ses allées historiques (comme la « patte d’oie ») et ses éléments paysagers (rivières, glacière, haha). À l’intérieur, des boiseries Louis XV, des tapisseries des Noces de Persée (volées en 1984) et des objets hérités des propriétaires successifs ornaient les salles.
Le château de Maillebois a également servi de décor pour des événements culturels, comme l’exposition Art et Clochers en 2024 ou le tournage de l’émission Le Meilleur Pâtissier (M6) en 2016. Aujourd’hui, le domaine reste propriété de la famille Armand-Delille, descendante des Latham, et se visite partiellement, mettant en valeur son patrimoine architectural et paysager préservé.