Origine et histoire du Château-fort de Druyes
Le château de Druyes est un ancien château fort du XIIe siècle, aujourd’hui en ruines, situé à Druyes-les-Belles-Fontaines dans l’Yonne, en Bourgogne-Franche-Comté. Construit vers 1170 par les comtes de Nevers, il servit de résidence princière et de forteresse jusqu’au XVIIIe siècle. Son architecture philippienne, avec des tours circulaires et un plan carré de 53 mètres de côté, reflète les innovations défensives de l’époque de Philippe Auguste. Le site, classé monument historique en 1924, fut sauvé de la ruine au XXe siècle par des bénévoles et des pouvoirs publics.
À l’origine, le château appartenait aux comtes de Nevers, dont Pierre II de Courtenay, futur empereur de Constantinople, et sa fille Mathilde, comtesse de Nevers, Auxerre et Tonnerre. Au XIIIe siècle, il devint un lieu de pouvoir où furent signées des chartes d’affranchissement, comme celle d’Auxerre en 1223. Après des siècles d’abandon et de déclin militaire, il échappa à la démolition révolutionnaire mais souffrit de trois siècles de négligence. Sa restauration débuta en 1958 grâce à la mobilisation locale, et il est aujourd’hui ouvert au public.
Le château se dresse sur un plateau calcaire dominant une vallée, entouré d’un village fortifié qui en constituait la première ligne de défense. Son enceinte, flanquée de quatre tours cylindriques et de trois tours carrées, illustre une innovation majeure : les tours déportées vers l’extérieur pour améliorer la défense des murs. La tour nord, haute de 20 mètres, servait d’entrée fortifiée avec herse et assommoirs. Le logis seigneurial, aujourd’hui disparu, abritait une salle d’apparat éclairée par une galerie romane, tandis que la chapelle, ornée de fresques, occupait une tour carrée.
Druyes fut aussi le théâtre d’événements historiques marquants, comme la réception en 1216 de barons proposant à Pierre de Courtenay la couronne de l’Empire latin de Constantinople. Après sa mort en 1219, sa fille Mathilde y confirma des privilèges urbains et y reçut des hommages féodaux. Le château perdit son rôle résidentiel au XVIIe siècle, passant entre les mains de familles nobles comme les Damas, avant d’être vendu comme bien national en 1795. Sauvé in extremis de la démolition, il fut acquis par des propriétaires privés au XXe siècle, qui engagèrent sa restauration.
L’architecture de Druyes se distingue par l’absence de donjon traditionnel : les fonctions défensives et résidentielles étaient dissociées, avec un logis palatial adossé à la courtine sud. Les courtines, épaisses de 2 mètres et hautes jusqu’à 10 mètres, étaient surmontées de chemins de ronde crénelés. Les tours d’angle, déportées pour éviter les angles morts, permettaient un flanquement optimal. La tour nord, transformée en beffroi au XVIIIe siècle, abrite encore une horloge et une cloche offerte par les villageois. Ces caractéristiques en font un témoin rare de l’évolution des châteaux forts entre XIIe et XVIIIe siècles.