Origine et histoire
Le château-fort de Guise, attesté dès la fin du Xe siècle, domine la vallée de l’Oise sur un éperon rocheux. À l’origine possession des comtes de Vermandois, il devient forteresse royale en 1185 sous Philippe Auguste, qui le reconstruit après sa destruction partielle lors des conflits entre Flandre et Hainaut. Le donjon, probablement érigé à cette époque, symbolise la puissance seigneuriale, tandis qu’une collégiale dédiée à saints Gervais et Protais, fondée en 1052, abrite les sépultures des seigneurs locaux et sert d’église paroissiale jusqu’au XVIe siècle.
Au XVe siècle, le château est restauré par Jean de Luxembourg, puis par Charles d’Anjou, qui renforce ses défenses après les dégâts subis pendant la guerre de Cent Ans. En 1424, il accueille les compagnons de Jeanne d’Arc, dont Xaintrailles et Lahire, fuyant les Anglais. La rançon de Jeanne, versée en 1431, finance partiellement ces travaux. La forteresse résiste ensuite aux assauts impériaux (1486) et hainuyers (1487), grâce à des aménagements comme la barbacane du châtelet d’entrée, équipée d’archères adaptées à l’artillerie légère.
La transformation majeure intervient au XVIe siècle sous Claude de Lorraine, premier duc de Guise, qui modernise la forteresse selon le système bastionné italien, une première en France. Les ingénieurs Antonio Castello et François Mandon conçoivent une enceinte triangulaire ponctuée de quatre bastions (Charbonnière, Moineau, Haute-Ville, Alouette), une demi-lune de secours, et des galeries de contre-mine. La collégiale, incendiée en 1545, est reconstruite, tandis que le donjon, surélevé d’un toit en poivrière, atteint 32 mètres. Ces travaux font de Guise une citadelle clé des guerres de Religion, où les duc de Guise, opposants à la Réforme, jouent un rôle central.
Au XVIIe siècle, Vauban, bien que jugeant la forteresse « exceptionnelle », se limite à des ajustements mineurs : dégagement des entrées, remblaiement du corps de place, et renforcement des demi-lunes. Le château, confisqué à Henri II de Lorraine en 1641, devient propriété royale et résiste aux sièges espagnols (1650) pendant la Fronde. Les bâtiments, enterrés d’un niveau pour limiter leur vulnérabilité, abritent alors une garnison permanente. En 1767, le donjon est restitué au prince de Condé, marquant le déclin de son rôle militaire.
La Première Guerre mondiale cause des destructions massives : utilisé comme poste d’observation par les Allemands (1914–1918), le château est pilonné par l’artillerie française lors de sa libération en 1917. Ne subsistent alors que le donjon et l’enceinte. Vendu comme carrière dans les années 1920, le site est sauvé in extremis en 1952 par le Club du Vieux Manoir, qui entreprend sa restauration via des chantiers de jeunes. Classé Monument Historique (1924 pour le donjon, 2008 pour l’ensemble), il est aujourd’hui ouvert au public et animé par l’association, qui a exhumé les fondations de la collégiale et consolidé les souterrains.
L’architecture du château illustre l’évolution des techniques militaires sur un millénaire : du donjon médiéval (murs de 5,75 m d’épaisseur, cheminées ogivales) aux bastions Renaissance (casemates de 40 hommes, galeries d’écoute de 110 m), en passant par les adaptations de Vauban. Les fouilles ont révélé des éléments disparus, comme la chapelle Saint-Nicolas du donjon ou les six tours circulaires de l’enceinte primitive. Le site, propriété de la ville de Guise, reste un exemple rare de forteresse ayant survécu à des sièges répétés, des reconstructions royales, et aux deux conflits mondiaux.