Origine et histoire du Château-fort de Sedan
Le château-fort de Sedan, aussi appelé château-haut, fut érigé à partir de 1424 par Évrard II de La Marck-Arenberg sur un éperon rocheux dominant la Meuse, à Sedan (Ardennes). À l’origine, le site abritait un prieuré bénédictin du XIe siècle, Saint-Martin, dont les fondations subsistent dans la cour. Évrard II, allié de Charles VII pendant la Guerre de Cent Ans, y construisit en six ans un manoir triangulaire avec deux tours jumelles, un donjon résidentiel et la Grosse tour. Ce premier château, aux défenses encore médiévales (hourds, herse), fut agrandi par son fils Jean de La Marck, puis massivement transformé par son petit-fils Robert II à partir de 1495.
Au XVIe siècle, sous Robert IV de La Marck et son épouse Françoise de Brézé, la forteresse devint une citadelle moderne. Entre 1530 et 1572, quatre bastions triangulaires furent ajoutés (Gouverneur, Fourchu, Dames, Roi), portés par des ingénieurs comme Marin Fourre ou Jean Errard. Les remparts furent épaissis jusqu’à 26 mètres pour résister à l’artillerie, et un logis princier de style Renaissance, attribué à Philibert Delorme, fut bâti. La principauté de Sedan, indépendante de facto, fut cependant rattachée à la France en 1642 après la rébellion du dernier prince, Frédéric-Maurice de La Tour d’Auvergne, contre Richelieu.
Devenu propriété royale, le château fut adapté par Vauban (porte des Princes, 1699) et servit de garnison. Napoléon Ier y transféra les armures des princes à Paris en 1803. Le site marqua l’Histoire lors de la bataille de Sedan (1870), où Napoléon III capitula face aux Prussiens. Déclassé militairement après 1871, une partie des bastions fut dynamitée. Au XXe siècle, le château devint un camp d’internement pendant la Première Guerre mondiale (1917–1918), puis un site touristique majeur après sa cession à la ville en 1962. Classé Monument Historique en 1965, il abrite aujourd’hui un musée, un hôtel et des événements médiévaux, attirant plus de 145 000 visiteurs annuels.
Architecturalement, le château combine sept niveaux, des murs de 7 à 27 mètres d’épaisseur, et des éléments défensifs comme des huchettes ou des ouvrages à cornes (partiellement détruits). Son Palais des Princes (XVIIe siècle), aujourd’hui en ruines, illustre le déclin de la forteresse au profit du château-bas. Les restaurations récentes (toiture reconstruite en 2012) ont préservé ses espaces emblématiques, comme la chapelle castrale ou les terrasses à canons. En 2023, il fut élu Monument préféré des Français.