Origine et histoire du Château-haut
Le château-haut de Château-Renard trouve ses origines au Xe siècle, lorsque Renard Ier, comte de Sens exilé pour ses pillages, y érige une forteresse sur la butte surplombant l’Ouanne. Ce premier château, construit vers 961 autour d’une église moniale dédiée à saint Amand, marque la fondation du bourg qui prend alors le nom de Château-Renard. Le site, stratégique avec son dénivelé de 80 mètres, devient un repaire pour les seigneurs Renard, connus pour leur indiscipline et leurs exactions contre les abbayes locales. Leur rébellion persistante pousse Louis VI le Gros à faire détruire le château en 1110, y compris son église, avant d’y installer une garnison royale pour surveiller la famille.
Au XIIIe siècle, Gaucher II de Joigny, descendant des Renard et gendre de Simon de Montfort, reconstruit le château-haut entre 1232 et 1241 avec l’autorisation de Blanche de Castille. Ce nouveau château, doté de 16 tours, d’un donjon monumental et d’un fossé de 6 mètres, abrite jusqu’à 500 personnes, dont 160 soldats, formant une véritable cité fortifiée avec maisons, puits, moulin et pressoir. La colline calcaire, creusée de souterrains, sert aussi de lieu d’exécution près de la porte Rouge, où sont exposés les suppliciés. Le site passe ensuite aux mains de Mahaut d’Artois, qui y reçoit Philippe le Bel en 1300, avant d’être cédé en 1312 à Henri IV de Sully, prince de Boisbelle, sous contrôle royal.
La guerre de Cent Ans épargne relativement Château-Renard, mais la Renaissance sonne le glas des châteaux forts. En 1522, Gaspard Ier de Coligny, figure protestante, acquiert les ruines du château-haut (alors réduit à son donjon, appelé « Chastellet ») ainsi que le château de la Motte. Les guerres de religion ravagent le site : les protestants massacrent les moines du prieuré voisin, tandis que les catholiques incendient l’église Saint-Étienne et une tour du Chastellet. En 1622, Louis XIII s’empare du site par la ruse et ordonne sa destruction définitive, mettant fin à près de sept siècles d’histoire militaire. Les ruines, classées monuments historiques en 1911, témoignent aujourd’hui de ce passé tumultueux.
Le château-haut était inséparable de l’histoire féodale locale, liée aux seigneurs Renard puis aux comtes de Joigny. Son architecture reflétait les enjeux de pouvoir du Moyen Âge central, avec des fortifications adaptées aux conflits entre seigneurs et monarchie. La colline, truffée de galeries souterraines, servait aussi de refuge : l’abbé de Triguères s’y cacha pendant la Terreur. Après sa destruction, le site perd son rôle stratégique, mais ses vestiges — portes, remparts et fondations — restent un marqueur du paysage de Château-Renard, rappelant l’âge d’or des châteaux forts en Gâtinais.
Le déclin du château-haut s’inscrit dans un contexte plus large de transformation des structures défensives à la Renaissance. L’avènement de l’artillerie rend les forteresses médiévales obsolètes, tandis que les conflits religieux (comme ceux opposant Coligny aux catholiques) accélèrent leur abandon. La destruction de 1622 marque symboliquement la fin de l’ère féodale dans la région, au profit de résidences plus modernes comme le château de la Motte. Aujourd’hui, les ruines, entourées de légendes locales, attirent les visiteurs pour leur panorama sur la vallée de l’Ouanne et leur valeur historique.