Origine et histoire
Le château de Hartmannswiller, situé dans le Haut-Rhin en Alsace, trouve ses origines au moins dès le XIIe siècle, bien que ses débuts restent mal connus. Citée dès 1308 comme propriété de Dietrich de Haus, la forteresse est cédée cette même année à l’Église de Bâle pour 100 marks d’argent. L’évêque en investit alors le détenteur avec ses fossés et son verger attitré. Ce château, probablement siège d’une famille noble locale comme en témoignent les actes mentionnant Jordanus de Arthemanswihr (1288) ou Pierre de Hartmannswiller (1322), devient un fief stratégique de l’évêché de Bâle.
Au XVe siècle, le château passe entre les mains de la famille Waldner de Freundstein, qui le détient en fief épiscopal. Hermann V de Waldner en est investi en 1450, puis le cède en 1453 à Jean Henri Mewart à titre viager. Après la mort de ce dernier, l’évêque réinvestit Hermann XI de Waldner et ses héritiers en 1476. Le monument subit des destructions pendant la guerre de Trente Ans, avant d’être restauré au XVIIe siècle par Philippe Jacques Ier de Waldner, puis par son petit-fils Chrétien Charles-Philippe en 1718, qui réutilise des matériaux du château de Weckenthal, détruit, avec l’autorisation de l’évêque de Bâle. La famille Waldner conserve le château jusqu’à la Révolution française.
Au XIXe siècle, le château change de mains : racheté par l’horticulteur Joseph Baumann en 1850, il est revendu en 1855 à Constant Zeller, industriel prospère grâce à ses innovations dans la fabrication de tuyaux en argile. Zeller, membre de l’Académie nationale de Paris et primé à l’Exposition universelle de 1867, transforme le château en un lieu de rencontres intellectuelles, un tusculum alsacien. Le monument, épargné pendant les deux guerres mondiales malgré la proximité du front du Vieil-Armand en 1914-1918, est inscrit aux Monuments Historiques en 1988. Son architecture reflète aujourd’hui une superposition de styles, du médiéval (tour circulaire datée de 1562, arbalétrières du XIIIe siècle) au classique (fenêtres repercées aux XVIIIe et XIXe siècles).
Le château se compose d’un grand logis en équerre, partiellement datable du XIVe siècle, avec des éléments défensifs caractéristiques : chemin de ronde, canonnières du XVIe siècle, et un escalier en colimaçon intégré dans un mur de 3 mètres d’épaisseur. La cave voûtée en berceau, surélevée pour éviter les inondations, et une salle voûtée d’arêtes (peut-être une ancienne chapelle ou un chartrier) témoignent de son usage à la fois résidentiel et stratégique. Les bossages, pierres à saillie symbolisant la noblesse, ornent les angles du bâtiment, tandis que des marques lapidaires médiévales rappellent le travail des tailleurs de pierre. À proximité, le cimetière fortifié de Hartmannswiller, avec ses tours de flanquement du XVe siècle, complète ce patrimoine défensif unique en Alsace.
L’histoire du château est aussi liée à la communauté juive locale. Après leur expulsion de la seigneurie épiscopale au XIVe siècle, les Juifs de Hartmannswiller furent autorisés à résider uniquement dans l’enceinte du château, sous condition de redevance, jusqu’à leur émancipation à la Révolution. En 1808, la communauté comptait 68 membres. Pendant la Première Guerre mondiale, le village, évacué en 1940 en raison des combats du Hartmannswillerkopf, voit le château servir de refuge aux habitants. Trois arbres remarquables, plantés vers 1810 par les pépinières Baumann (cyprès chauves, hêtre pourpre, marronnier), ajoutent une dimension paysagère à ce site chargé d’histoire.