Origine et histoire
Le Châtel de Theys, situé à 650 mètres d'altitude dans la commune de Theys (Isère), est une maison forte édifiée entre 1279 et 1283 par la famille noble des Bellecombe, sur une terrasse dominant la vallée du Grésivaudan. Ce site de plus de trois hectares, accessible par un chemin médiéval, surplombe les ruisseaux des Battiards et de Pierre Herse. Le bâtiment se compose de deux parties : la première (1279-1283), orientée nord, et la seconde (vers 1325), agencée au sud-ouest. Une chapelle dédiée à Saint Vincent se trouve à proximité.
Le château initial, construit par la famille Aynard (Monteynard) aux XIe-XIIe siècles, fut échangé en 1246 avec Guigues VII, Dauphin de Viennois, contre le territoire de Savel. En 1282, le territoire fut légué au comte de Genève en remerciement de son allégeance face au comte de Savoie. Le Châtel, édifié sur une motte castrale, devint alors la résidence des Bellecombe de Theys. De 1276 à 1365, sa gestion fut confiée à des officiers-châtelains, dont Girard de Bellecombe et Rodolphe de Menthon, avant que des conflits de propriété n’éclatent à partir de 1360. Le château originel des Aynard, sur la motte, était déjà en ruines au XVe siècle.
La salle d’apparat du premier bâtiment, datée du début du XIVe siècle, est ornée de 150 m2 de fresques racontant l’histoire de Perceval le Gallois, inspirée du Conte du Graal de Chrétien de Troyes (vers 1180). Ces peintures, organisées en trois registres (draperie feinte, scènes historiées en quadrilobes bleus, frise héraldique), illustrent les débuts de la légende en cinquante-deux médaillons, symbolisant les semaines de l’année et les étapes initiaques de la chevalerie. Identifiées en 1994 par Philippe Walter, elles constituent le seul cycle français connu de Perceval, antérieur aux versions allemandes et italiennes.
Classé Monument Historique en 1993 pour ses décors peints, le Châtel fut acquis progressivement par la commune de Theys (partie nord en 1992, sud-ouest en 2011). Des travaux de restauration, soutenus par la Fondation du Patrimoine et le Loto du patrimoine, visent à préserver les fresques et à ouvrir le site au public. Une visite immersive de l’aula est proposée dans le cadre de l’exposition « À l’assaut des châteaux forts ! » au Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble (2024-2025).
L’architecture du Châtel allie des éléments défensifs (éperon rocheux, chemin d’accès médiéval) et résidentiels, comme le lavabo en niche voûtée, les fenêtres à coussièges, ou la cheminée aux armes des Monteynard. La seconde partie (1325), transformée en habitation, présente des fenêtres trilobées sculptées. Une étude archéologique en cours cherche à préciser l’organisation interne et les autres peintures, tandis que l’association Theys-Patrimoine œuvre pour sa valorisation.
Les fresques, qualifiées d« uniques au monde » pour leur état de conservation, pourraient avoir servi à l’éducation d’un jeune chevalier, selon les spécialistes. Leur découverte en 1853, puis leur identification par Philippe Walter en 1994, ont révélé un trésor artistique méconnu, lié à la diffusion orale des récits arthuriens par les ménestrels. Aujourd’hui fermé au public, le Châtel incarne un patrimoine médiéval exceptionnel, mêlant histoire locale et légende arthurienne.