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Château à Calonges dans le Lot-et-Garonne

Lot-et-Garonne

Château

    130 Chateau
    47430 Calonges
Propriété privée

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1286
Première mention du château
1570
Condamnation de Jean de Chaussade
1622
Saisie royale et reconstruction
XVe-XVIIe siècles
Période de construction principale
1792
Vente comme bien national
1959
Classement monument historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Château (cad. D 137, 146, 147) : classement par arrêté du 30 septembre 1959

Personnages clés

Jacques Ier de Chaussade - Conseiller au parlement de Bordeaux Acquiert Calonges en 1493 par échange matrimonial.
Jean de Chaussade - Baron de Calonges et chef protestant Condamné à mort en 1570 pour hérésie.
Jacques III de Chaussade - Gouverneur de Montpellier Rebâtit le château après 1622.
Jean-Jacques Le Révérend de Bougy - Marquis de Calonges Exilé pour protestantisme en 1693.
Paul-François de Quelen de Stuer - Duc de La Vauguyon et ambassadeur Propriétaire avant la Révolution.

Origine et histoire

Le château de Calonges, mentionné dès 1286, occupait un emplacement stratégique sur une ancienne voie romaine reliant Bordeaux à Agen. À l’origine, il s’agissait d’une forteresse médiévale contrôlée par plusieurs seigneurs locaux, dont la famille de Cantiran dès le XIIe siècle. Le site, probablement occupé par les Romains, devint un castrum au XIIIe siècle, partagé entre plusieurs familles nobles comme les Lart, les Calonges et les Cantiran. Après le traité d’Amiens (1279), la seigneurie passa sous domination anglaise, puis fut progressivement unifiée sous des seigneurs comme Bernard de Lart ou Amanieu de Cantiran, reflétant les tensions féodales de l’Agenais.

Au XVe siècle, la seigneurie de Calonges fut détenue par la famille de Chaussade, qui marqua profondément son histoire. Jacques Ier de Chaussade, conseiller au parlement de Bordeaux, acquit le domaine par échange en 1493 et engagea des procès avec Alain d’Albret pour en délimiter les frontières. Son fils, Jacques II, procureur du roi de Navarre, embrassa la Réforme protestante, tout comme son petit-fils Jean de Chaussade, condamné à mort en 1570 pour son rôle dans les guerres de Religion. Ce dernier transforma le château en un bastion protestant, accueillant des chefs militaires comme Langoiran. Les conflits religieux et les saisies royales (notamment en 1622) ponctuèrent cette période tumultueuse.

Le château actuel fut principalement reconstruit par Jacques III de Chaussade après 1622, bien que certaines sources suggèrent un début des travaux dès les années 1590, inspirées par le château de Lasserre. Architecturalement, il combine briques et pierres taillées en bossage, avec des fenêtres à croisées et des plafonds à caissons peints. Jacques III, gouverneur de Montpellier et officier en Hollande, y installa même un temple protestant près des communs. À sa mort vers 1649, le domaine passa à ses filles, dont Marie, mariée à Jean Le Révérend de Bougy. Leur fils, Jean-Jacques, marquis de Calonges, fut contraint à l’exil aux Pays-Bas après avoir refusé d’abjurer sa foi protestante, entraînant la saisie du château par Louis XIV en 1686.

Au XVIIIe siècle, le château changea plusieurs fois de mains. Vendue en 1758 à Antoine Paul Jacques de Quelen de Stuer, comte de La Vauguyon, la seigneurie fut élevée en duché-pairie la même année. Son fils, Paul-François, ambassadeur et ministre des Affaires étrangères sous Louis XVI, émigra pendant la Révolution. Confisqué comme bien national en 1792, le château fut vendu en 1794 à un particulier, M. Grenier, qui en démolit partiellement le second étage en 1818 pour en faire un séchoir à tabac. Classé monument historique en 1959, il conserve aujourd’hui des traces de son passé militaire, protestant et seigneurial, avec une aile en équerre inachevée et des décors intérieurs remarquables.

L’histoire de Calonges illustre les bouleversements politiques et religieux de la Guyenne, depuis les conflits féodaux du Moyen Âge jusqu’aux persécutions des protestants sous Louis XIV. Le château, témoin des alliances changeantes entre seigneurs locaux, rois de France et d’Angleterre, incarne aussi l’adaptation architecturale aux besoins défensifs puis résidentiels. Son temple protestant intégré, rare exemple conservé, rappelle l’importance de la Réforme dans la région. Après la Révolution, sa transformation partielle en bâtiment agricole reflète les mutations économiques du XIXe siècle, tandis que son classement ultérieur souligne sa valeur patrimoniale.

Liens externes