Origine et histoire du Château médiéval
Le château de Regnéville, fondé au XIIe siècle par Henri Ier Beauclerc, est attesté dès 1141 comme bien ducal normand. Son donjon quadrangulaire, typique de l’architecture romane, et son emplacement stratégique près du havre de Regnéville en firent un enjeu majeur pour contrôler la Basse-Normandie. Les ducs de Normandie et rois d’Angleterre, comme Jean sans Terre, y protégeaient les marchands anglais débarquant pour les foires régionales (Agon, Gavray). En 1204, Philippe Auguste l’intègre au domaine royal français après la conquête de la Normandie.
Au XIVe siècle, Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d’Évreux, hérite du château et entreprend d’importants travaux de fortification (1364), utilisant des matériaux du château de Montchaton détruit. Allié aux Anglais pendant la guerre de Cent Ans, il en fait une base stratégique jusqu’à sa reprise par Du Guesclin en 1378 pour le compte de Charles V. Le château, rendu à la Navarre en 1380, réintègre définitivement le domaine royal en 1404 sous Charles VI. Son rôle militaire culmine lors de l’occupation anglaise (1418–1449), où il sert de base pour le siège du Mont-Saint-Michel (1425) avant d’être repris par Richemont en 1449.
La forteresse, endommagée par les tempêtes et les sièges, est démantelée en 1637 sur ordre de Richelieu après la rébellion protestante d’Isaac de Piennes. Le donjon, symbole de la cité, éclate lors de sa destruction partielle (poudre dans l’escalier à vis), projetant des blocs jusqu’au cimetière voisin. Au XIXe siècle, le site accueille une scierie de marbre puis une exploitation ostréicole avant son acquisition en 1989 par le conseil départemental de la Manche. Classé monument historique en 1991, il fait l’objet de fouilles et restaurations pour retrouver sa physionomie du XVIe siècle.
Le château se composait d’une haute-cour à l’est, avec son donjon de 30 mètres (murs de 3 m d’épaisseur), et d’une basse-cour ouest abritant la résidence de Charles le Mauvais. La porte de la Mer (XIVe siècle), construite par l’évêque Robert Porte, contrôlait l’accès au port médiéval, alors l’un des plus actifs du Cotentin. Les garnisons, modestes (5–6 hommes d’armes et 15 archers), défendaient un site conçu pour une concentration des défenses, avec chemins de ronde ininterrompus. Trois couleuvrines y furent installées au XVe siècle.
Aujourd’hui, les vestiges protégés incluent les courtines réemployées dans des maisons, les fondations de la haute-cour (fouillées en 1991–1993), et la basse-cour en cours de restauration. Le donjon, partiellement effondré, conserve des traces de son escalier à vis du XVIe siècle et des baies percées par Roulland de Gourfaleur. La basse-cour, reconstruite après 1637, mêle éléments médiévaux (ostels Jehan Louvet) et aménagements Renaissance, comme la galerie du premier étage.