Origine et histoire
Le château d'Allinges-Neuf, ou Château-Neuf, est un ancien château fort des Xe-XIe siècles situé sur la commune d'Allinges, en Haute-Savoie (région Auvergne-Rhône-Alpes). Ses ruines, partagées avec celles du Château-Vieux sur la « butte des châteaux », dominent le village d’une hauteur de 200 mètres, offrant une vue stratégique sur Thonon-les-Bains et le Léman. Le site était accompagné d’un bourg ceint de murailles, aujourd’hui presque disparu, et accessible depuis le sud par l’avenue des Châteaux ou depuis Allinges par la rue d’en Haut.
Edifié au Xe siècle par le roi de Bourgogne Rodolphe II, puis restauré par Rodolphe III, le château devient au XIIIe siècle le siège d’une châtellenie savoyarde majeure sous Amédée VIII, avant de perdre ce rôle au profit de Thonon en 1288. Au milieu du XIIIe siècle, Pierre II de Savoie unit les deux châteaux d’Allinges par son mariage avec Agnès de Faucigny. Cependant, la rivalité entre la Savoie et les dauphins de Viennois, héritiers des Faucigny, plonge les deux forteresses dans près de 70 ans de conflits (milieu XIIIe–milieu XIVe siècle), marquées par des sièges répétés, des bombardements et des réparations successives.
Les hostilités culminent en 1325 lorsque le dauphin Guigues VIII, allié à Hugues de Faucigny et Amédée III de Genève, assiège le château. La résistance savoyarde, menée par le comte Édouard, permet une victoire décisive. Les combats cessent enfin en 1355 avec le traité de Paris, qui rattache le Faucigny à la Savoie. Le château, centre d’une châtellenie couvrant une vingtaine de paroisses, voit son rôle administratif décliner après 1288, bien qu’il reste un enjeu militaire jusqu’au XVIIe siècle. Occupé par les Bernois (1536–1567), puis par les Français (1600, 1630, 1690, 1703), il est finalement démantelé en 1703 sur ordre du duc Victor-Amédée II pendant la guerre de Succession d’Espagne.
Au XIXe siècle, les ruines sont acquises en 1832 par Mgr Rey, évêque d’Annecy, pour y établir une maison de la congrégation des Missionnaires de Saint-François-de-Sales. Le site, toujours propriété des missionnaires, abrite une chapelle castrale ornée de fresques romanes du XIe siècle (Christ en majesté, saints, vertus cardinales) et les vestiges d’une tour maîtresse carrée de 14 mètres de côté. Classé monument historique en 2011, le château témoigne de l’architecture militaire médiévale et de son rôle dans les luttes féodales du Chablais.
Le château se compose de deux parties : une enceinte ancienne (Xe–XIe siècles) autour d’un donjon aujourd’hui rasé, et une enceinte polygonale plus récente (fin XIIe–début XIIIe siècle), attribuée aux comtes de Savoie. Cette dernière abrite les ruines d’un logis comtal et de la chapelle. Saint François de Sales y séjourna en 1594–1595, prêchant pour ramener la population au catholicisme après l’occupation protestante bernoise. Le site, symbole des tensions régionales, illustre aussi l’évolution des châtellenies savoyardes, passées d’un rôle militaire à une fonction judiciaire après le XVIe siècle.
La châtellenie d’Allinges-Neuf, érigée en comté en 1570, regroupait dix paroisses (Allinges, Anthy, Armoy, etc.) et relevait du bailliage du Chablais. Son déclin s’amorce avec le transfert du siège à Thonon en 1288, motivé par le dynamisme économique de cette dernière. Les châtelains, officiers nommés par les comtes de Savoie, y percevaient les revenus fiscaux et assuraient l’entretien du château, secondés parfois par un receveur des comptes. Après 1567, leur rôle se limite à la justice, la défense étant confiée à des gouverneurs militaires.