Origine et histoire du Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye
Le Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye, construit à partir de 1557 sous Henri II par l’architecte Philibert Delorme, était initialement conçu comme une « maison de plaisance » moderne, sans fossés ni chemin de ronde. Commandé par le roi et Catherine de Médicis, ce bâtiment en forme de théâtre offrait une vue exceptionnelle sur la Seine et abritait des appartements royaux, des bains, une chapelle et une antichambre. Les travaux, interrompus par la mort d’Henri II en 1559, reprirent partiellement sous Charles IX et Henri III, mais le projet initial ne fut jamais achevé selon les plans de Delorme.
Sous Henri IV, le château connut une seconde jeunesse à partir de 1593. Le roi, séduit par la vue sur la vallée de la Seine rappelant son château natal de Pau, confia à Baptiste Androuet du Cerceau l’extension du bâtiment et l’aménagement des terrasses descendant vers le fleuve. Les jardins, inspirés des modèles italiens, furent enrichis de grottes ornées de sculptures, de fontaines (comme celle du Dragon par Tommaso Francini) et de jeux d’eau, grâce à des présents du grand-duc Ferdinand Ier de Médicis. Les terrasses, conçues par Étienne Dupérac et Claude Mollet, devinrent un chef-d’œuvre de l’art des jardins à la française.
Le Château Neuf fut un lieu de pouvoir et de naissance : Louis XIV y vit le jour en 1638, et Louis XIII y mourut en 1643. Sous Louis XIV, il servit de résidence occasionnelle avant d’être délaissé au profit de Versailles en 1682. Le château abritera aussi des exilés prestigieux, comme Charles II Stuart (1650–1654) et Jacques II d’Angleterre (1688–1701), dont la fille Louise Marie Thérèse y naquit en 1692. Malgré des restaurations partielles au XVIIe siècle, les jardins tombèrent en ruine après la Fronde (1649), et la terrasse supérieure s’effondra vers 1660.
En 1777, Louis XVI céda le château, alors très dégradé, à son frère le comte d’Artois. Celui-ci entreprit sa démolition en 1784 pour un projet de reconstruction néo-classique jamais réalisé. Les matériaux furent vendus, et seuls subsistent aujourd’hui quatre pavillons (dont le Pavillon Henri IV et le Pavillon Sully), des vestiges des terrasses, et des éléments souterrains. Les grottes et le mur des Lions, classés Monuments Historiques en 1925, rappellent l’ancienne splendeur de ce site royal.
Les jardins du Château Neuf, conçus comme un écrin artistique et politique, illustrent l’influence italienne en France et le mécénat royal. Les sculptures de Jean Bologne (comme le Mercure aujourd’hui au Louvre) et les automates hydrauliques de Tommaso Francini en firent un lieu unique, avant que son déclin ne symbolise le transfert du pouvoir vers Versailles. Les archives florentines révèlent l’ampleur des échanges entre Henri IV et les Médicis, marquant une période de diplomatie culturelle entre la France et l’Italie.
La postérité du Château Neuf repose sur ses vestiges architecturaux et son héritage paysager. La grande terrasse, réaménagée par Le Nôtre entre 1669 et 1673, reste un témoignage de son intégration dans le domaine royal. Les dessins de John Thorpe (1600) et les récits de voyageurs, comme Thomas Platter (1599), documentent son apogée, tandis que les peintures de Turner (années 1820) captent sa disparition progressive, réduisant ce symbole de la Renaissance française à un souvenir romantique.