Patrimoine classé
Les façades et toitures ; les pièces et leur décor : vestibule et cage d'escalier, couloirs sud et est du rez-de-chaussée, couloirs sud et est du premier étage, escalier de la tourelle Sud, salle à manger, chambre d'honneur, petit salon et son décor turc, grand salon et boudoir de style mauresque et sa coupole en carton bouilli, bibliothèque et ses rayonnages, chambres de Madame d'Abbadie, d'Ethiopie, de Jérusalem et de Napoléon III ; la chapelle (cad. AC 64) : classement par arrêté du 21 décembre 1984 - Les parties non classées du château, son parc rapproché avec les anciens garages et la maison dite Aragorry, en totalité (cad. AC 60 à 68, 125, 128, 130) : inscription par arrêté du 6 juillet 2012
Personnages clés
| Antoine d’Abbadie - Commanditaire et savant |
Explorateur, astronome, philanthrope basque. |
| Eugène Viollet-le-Duc - Architecte |
Co-concepteur du château, spécialiste du néogothique. |
| Edmond Duthoit - Architecte et décorateur |
Collaborateur de Viollet-le-Duc, expert en art arabe. |
| Virginie de Saint-Bonnet - Épouse d’Antoine d’Abbadie |
Impliquée dans la construction et la décoration. |
| Abdullah - Ancien esclave affranchi |
Statue emblématique du vestibule, symbole de liberté. |
| Eugène Bühler - Paysagiste |
Concepteur du parc et conseiller artistique. |
Origine et histoire du Château observatoire d'Abbadia
Le château-observatoire d'Abbadia, situé à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), est un édifice néogothique construit entre 1864 et 1879 sur commande d’Antoine d’Abbadie, explorateur, astronome et philanthrope basque. Conçu par Eugène Viollet-le-Duc et Edmond Duthoit, il incarne un mélange unique d’architecture médiévale, d’orientalisme et de symboles liés aux voyages d’Abbadie en Éthiopie et en Égypte. Le château, classé Monument historique et Maison des Illustres, abrite un observatoire astronomique pionnier, une chapelle, des salons inspirés de l’Orient, et une bibliothèque de 11 000 volumes.
Antoine d’Abbadie, né en 1810 d’un père basque et d’une mère irlandaise, consacra sa vie à l’exploration scientifique et à la promotion de la culture basque. Après douze années en Abyssinie (1837-1848), il s’installa à Urrugne puis fit construire Abbadia comme un « monument idéal », synthétisant ses passions pour l’astronomie, la linguistique et l’art. Le château, légué à l’Académie des sciences en 1897, abrite des fresques éthiopiennes, des inscriptions en basque, arabe et latin, et un bestiaire exotique sculpté (crocodiles, serpents, éléphants).
L’édifice se compose d’un corps central flanqué de trois ailes : l’aile sud pour les réceptions (avec un salon arabe et une salle à manger en cuir de buffle), l’aile est pour l’habitation (chambre de Virginie et chapelle), et l’observatoire au nord-ouest, équipé d’une lunette méridienne décimale unique au monde. Les matériaux locaux (calcaire de Béhobie, moellons roses et noirs) et la main-d’œuvre basque reflètent l’ancrage régional du projet. Viollet-le-Duc et Duthoit collaborèrent étroitement, intégrant des éléments gothiques, mauresques et éthiopiens, comme les vitraux de Maréchal ou les céramiques de Parvillée.
Le domaine de 415 hectares, aujourd’hui partiellement géré par le Conservatoire du littoral, inclut un parc paysager dessiné par Eugène Bühler, un verger conservatoire de variétés fruitières anciennes, et des falaises classées en ZNIEFF. Abbadia symbolise aussi l’engagement d’Abbadie pour la langue basque : il organisa des fêtes traditionnelles, financa des concours de poésie, et milita pour la préservation de l’euskara. Son héritage scientifique perdure via l’Observatoire, actif jusqu’en 1975, et le Prix d’astronomie Antoine d’Abbadie.
Classé Monument historique en 1984, le château a bénéficié d’une restauration majeure (1997-2008) et accueille désormais des visites, des résidences d’artistes et un escape game sur la vie d’Abbadie. La chapelle, où reposent Antoine et Virginie, et la bibliothèque (avec ses maximes basques gravées) témoignent de leur double héritage : scientifique et culturel. Le site, labellisé Maison des Illustres en 2012, reste un lieu de mémoire et de recherche, entre patrimoine architectural et naturel.