Origine et histoire
Le château du Bourg-Saint-Léonard remplace un ancien manoir du XVIe siècle et un village rasés en 1763 par Jules-David Cromot, baron du Bourg. Ce dernier, riche propriétaire, confia la construction du nouveau château (1763-1767) à l’architecte Alexandre Gérard Vermunt, élève de Jean-Michel Chevotet. Le domaine fut entièrement repensé : l’église médiévale céda sa place à une orangerie, les maisons du village furent remplacées par des pelouses, et un vaste bassin orné de statues fut creusé. Le château, de style classique tardif, conserve des boiseries et tapisseries issues de l’ancien manoir.
Le domaine, d’une superficie de 470 hectares au XIXe siècle, comprenait des écuries, une ferme, des bois et des terres agricoles. Occupé pendant la Seconde Guerre mondiale et bombardé en 1944, il fut finalement légué à la commune en 1954 par Henriette de Forceville, sous condition d’y créer un musée et d’ouvrir le site au public. Le château, ses dépendances et son jardin sont classés monuments historiques depuis 1942, avec leur mobilier et décors protégés en 1955.
Parmi les propriétaires marquants figurent les familles Vassy, Cromot du Bourg, et le comte d’Eu, ainsi que des personnalités comme Émile de Girardin, protégé par Rose Joséphine Cromot, ou le poète Jean-Pierre Claris de Florian, reçu dans la bibliothèque du château. Les intérieurs abritent des œuvres de Frans Snyders et une frise de chinoiseries inspirée de Christophe Huet. Le site illustre l’évolution des résidences aristocratiques au siècle des Lumières, mêlant ambition architecturale et transformation paysagère.
L’architecture du château, rectangulaire avec un avant-corps central surmonté d’un fronton, reflète l’influence des modèles parisiens de l’époque. Les bâtiments annexes (orangerie, écuries) et le parc muré, partiellement remanié sous Louis XVIII pour la création d’une route, complètent un ensemble cohérent. Les collections, décrites en 1948 par Robert du Mesnil du Buisson, témoignent de la richesse artistique préservée malgré les vicissitudes historiques.
Le château fut également un lieu de production fromagère industrielle à partir de 1893, sous l’impulsion de Constant de Forceville, avant de retrouver sa vocation patrimoniale. Aujourd’hui propriété communale, il perpétue sa double mission culturelle et sociale, conformément aux volontés de sa dernière donatrice.