Origine et histoire
Le Château-Regnault, situé à Bogny-sur-Meuse dans les Ardennes, est une forteresse médiévale dont les origines remontent entre le XIIe et le XVIe siècle. Construite sur un site stratégique du cours supérieur de la Meuse, elle aurait occupé l’emplacement légendaire de Montessor, la forteresse des quatre fils Aymon, selon la tradition orale. Les premières traces écrites mentionnent sa reconstruction en 1227 par Hugues IV de Rethel, après la destruction d’un château primitif datant du Xe au XIIe siècle. La forteresse changea plusieurs fois de mains, passant des comtes de Rethel à la maison de Flandre en 1320, puis à celle de Bourgogne en 1400, avant de devenir une principauté souveraine en 1545.
La principauté de Château-Regnault, dirigée par des figures comme François de Bourbon (prince de Conti) et Louise Marguerite de Lorraine, fut un État indépendant jusqu’en 1629, date de sa cession à Louis XIII. Les souverains, dont Henri de Guise, y battirent monnaie, souvent des contrefaçons de doubles tournois et liards, ce qui valait à la principauté une réputation de fraude monétaire. Le château fut partiellement détruit en 1554 par les Impériaux, puis reconstruit, avant d’être définitivement rasé entre 1673 et 1689 sur ordre de Louis XIV. Aujourd’hui, il n’en reste que des vestiges (escaliers, citerne, tour concave) et une statue moderne des quatre fils Aymon, inaugurée en 1950.
Le site, fouillé à plusieurs reprises (XIXe–XXe siècles), a livré des artefacts comme des monnaies, épées et vaisselles, témoignant d’un train de vie aisé malgré sa petite taille. La forteresse joua un rôle militaire notable, comme en 1643, lorsque sa garnison bloqua des renforts luxembourgeois, contribuant à la victoire française de Rocroi. Après sa destruction, le site devint un lieu de mémoire et de tourisme, offrant un panorama sur la Meuse et les villages environnants. Les monnaies de Château-Regnault, rares aujourd’hui, rappellent son passé de principauté frauduleuse mais prospère.
La légende de Montessor et la statue du cheval Bayard, œuvre d’Albert Poncin (médaille d’or en 1929), ancrent le site dans l’imaginaire collectif. Bien que les ruines soient minimes, le lieu est aménagé en aire de jeu et chemin de conte, célébrant à la fois l’histoire médiévale et le folklore local. Les recherches archéologiques et les chartes médiévales, comme celle évoquant Hugues III de Rethel, confirment son importance stratégique et symbolique dans les Ardennes.
La fin de la principauté en 1629 marqua son rattachement définitif au domaine royal. Richelieu négocia sa vente, actée le 10 mars 1629, mettant fin à près d’un siècle d’autonomie. Les invasions espagnoles et autrichiennes (1635–1653) ainsi que les pillages du XVIIe siècle accélérèrent son déclin. Aujourd’hui, le site allie patrimoine historique, légende et paysage, attirant visiteurs et passionnés d’histoire médiévale.