Origine et histoire du Château royal de Senlis et du prieuré
Le château royal de Senlis trouve ses origines à l’époque mérovingienne, mais c’est sous Louis VI (Louis le Gros) vers 1130 qu’il est entièrement reconstruit après la démolition du palais carolingien. Le site, adossé aux remparts gallo-romains du IIIe siècle, sert de résidence royale jusqu’au XVIe siècle avant de tomber en ruines. Il est notamment le lieu de l’élection d’Hugues Capet en 987 après la mort accidentelle de Louis V dans ses murs. Les vestiges actuels, dont une tour du Xe siècle et des arcades gothiques, datent principalement de la reconstruction du XIIe siècle, bien que des modifications aient été apportées sous Saint Louis, Charles V et François Ier. Le château perd son rôle politique après 1551, devenant le siège du présidial, puis est partiellement démoli aux XVIIIe et XIXe siècles.
Le prieuré Saint-Maurice, fondé par Louis IX entre 1262 et 1264, est édifié pour abriter des reliques de saint Maurice et de ses compagnons, offertes par l’abbaye d’Agaune en Valais. La chapelle, inspirée de la Sainte-Chapelle de Paris selon les chroniques, est inaugurée en 1264 en présence du roi et de nombreux prélats. Le prieuré, initialement occupé par douze chanoines augustins, décline dès le XVIe siècle : réformé à plusieurs reprises, il est finalement supprimé en 1768 pour insuffisance de moines. Ses bâtiments, dont le logis du prieur (XVIIIe siècle) et le dortoir des moines (XIIIe–XVIe siècles), sont partiellement démolis après la Révolution. Aujourd’hui, le logis abrite le musée de la Vénerie, tandis que les ruines du château et du prieuré forment un parc public.
Les deux ensembles, château et prieuré, sont liés géographiquement et historiquement. Le prieuré, construit à proximité immédiate du château, bénéficie des revenus de la chapelle royale Saint-Denis (sise dans le château) jusqu’à sa suppression. Les fouilles archéologiques, bien que limitées, ont révélé des fondations gallo-romaines sous la tour du Xe siècle et des vestiges de la chapelle priorale. Le site, classé monument historique dès 1862 pour le château et inscrit en 1948 pour l’ensemble du domaine, illustre l’évolution architecturale et politique de Senlis, des Mérovingiens à la Révolution.
Parmi les événements marquants, le traité de Senlis (1183) et le mariage de Philippe Auguste (1184) sont probablement signés dans le château. La tour no 28 de l’enceinte gallo-romaine, transformée en oratoire par Charles V, et la « salle des maréchaux », salle d’apparat du château, témoignent de son prestige médiéval. Le prieuré, quant à lui, conserve une charpente en carène du XVe siècle dans son dortoir et une cave médiévale sous le logis du prieur. Ces éléments, associés aux reliques royales, soulignent le rôle spirituel et symbolique du site.
La démolition partielle des bâtiments au XIXe siècle (notamment en 1812 et 1861) a altéré l’intégrité des vestiges, mais les campagnes de protection des monuments historiques ont permis de préserver les ruins restantes. Le donjon du Xe siècle, classé en 1995, et les façades du logis du prieur (inscrites en 1987) sont aujourd’hui les éléments les plus protégés. Le parc, ouvert au public, offre un accès gratuit aux vestiges, à l’exception du musée de la Vénerie et du dortoir des moines, accessibles lors des Journées du patrimoine.