Origine et histoire du Château Saint Hugues
Le château de Semur-en-Brionnais, situé en Saône-et-Loire sur un éperon rocheux, est l’un des plus anciens châteaux forts de Bourgogne. Fondé dès le Xe siècle avec des fondations de donjon, il est principalement remanié entre le XIe et le XVe siècle. Il ne subsiste aujourd’hui qu’une poterne modifiée au XVIIIe siècle et une haute tour rectangulaire de 22 mètres, aux murs épais de deux mètres à la base. Les niveaux inférieurs, en moyen appareil avec des assises en arête de poisson, contrastent avec les étages supérieurs en petit appareil. Des fenêtres à meneau, une cheminée et des substructures de tours témoignent de son évolution architecturale. Le site, confié en 879 à l’évêque d’Autun par Boson de Provence, devient une baronnie puissante sous la maison de Semur.
La famille de Semur, issue de Freelan de Chamelet († 925), domine les lieux pendant près de quatre siècles. Joceran de Chamelet († 994) y construit un donjon, et son descendant Geoffroy II (1025–1090) voit naître dans le château son frère, saint Hugues, sixième abbé de Cluny. La baronnie passe ensuite aux mains des maisons de Châteauvillain (à partir de 1262), d’Albon-Beaujeu (1320), puis des Bourbon et La Trémoille. Au XVe siècle, le duc de Bourgogne y installe des capitaines pour entretenir le donjon et l’artillerie, avant que le site ne soit partiellement abandonné. Au XVIIIe siècle, Jacques-Nicolas du Puy y ajoute des bâtiments judiciaires, comme l’auditoire du bailliage.
Classé monument historique en 1971, le château est aujourd’hui propriété communale. Ses ruines, incluant deux tours rondes à archères et une tour rectangulaire aux ouvertures en plein cintre obturées, se visitent. Des tentatives de destruction au XIXe siècle ont laissé des traces, mais des travaux de restauration menés depuis 1968 par l’équipe de J.-L. Dosso-Greggia ont permis sa mise en valeur. Le site reste un témoignage majeur de l’architecture militaire médiévale bourguignonne, lié à l’histoire religieuse avec la figure de saint Hugues.
Les armoiries des seigneurs successifs, comme celles des Châteauvillain (gironné d’argent et de sable) ou des Albon (croix d’or sur sable), rappellent les alliances dynastiques qui ont marqué son histoire. Le château, ouvert au public, offre un panorama sur la vallée et conserve des éléments défensifs comme des mâchicoulis et une citerne. Son rôle de prison pour le bailliage, créé en 1560, illustre son importance administrative jusqu’à la Révolution.
Les sources historiques, dont les travaux de F. Cucherat (1887) et J. Richard (1963), soulignent son ancrage dans le Brionnais et son lien avec les réseaux féodaux bourguignons. La base Mérimée et les archives locales complètent ces données, confirmant son inscription comme monument emblématique de Saône-et-Loire et de la Bourgogne-Franche-Comté.