Origine et histoire du Château Saint Hugues
Le château de Semur-en-Brionnais, situé au point le plus étroit d'un éperon rocheux à Semur-en-Brionnais (Saône-et-Loire), est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 13 octobre 1971. Il est considéré comme l'un des plus anciens châteaux forts de Bourgogne et c'est le lieu de naissance de saint Hugues. De l'ensemble fortifié qui couvrait l'éperon subsistent une poterne profondément remaniée et, sur une terrasse, une haute tour de plan rectangulaire. La poterne, modifiée lors de travaux entrepris en 1760, était à l'origine une porte d'étage défendue par une herse et un mâchicoulis sur arcade, comparable à ceux de Chamilly et de Sercy. Elle se trouvait entre deux tours rondes à bases légèrement talutées, percées de rares archères à embrasures plongeantes ; la porte a été ensuite obturée et des escaliers y ont été aménagés pour donner accès au premier étage des tours. La tour nord contient une citerne et la tour ouest un escalier aménagé dans l'épaisseur du mur. La tour rectangulaire, haute de 22 mètres, présente des murs épais de deux mètres à la base et conserve les trous de poutres correspondant à quatre niveaux de plancher. Les premiers niveaux de fondations du donjon semblent remonter à la fin du Xe siècle, tandis que la majeure partie de la construction résulte de remaniements successifs du XIe au XVe siècle. Les assises basses sont en moyen appareil avec des lits en arête de poisson, les troisième et quatrième niveaux en petit appareil ; on y distingue des ouvertures en plein cintre obturées, une petite porte au premier étage dont l'encadrement rectangulaire laisse supposer l'existence d'une passerelle, et, au sud et à l'ouest, deux fenêtres à meneau et croisillon avec coussièges, probablement contemporaines d'une vaste cheminée dont seuls subsistent les piédroits. Les substructures d'une petite tour dominent la vallée. Le château se visite. Le site fut confié en 879 par Boson de Provence à l'évêque d'Autun. La baronnie de Semur appartient ensuite à la maison de Semur : Freelan de Chamelet (ou Chamilly), décédé en 925, devient seigneur ; son fils Joceran fait bâtir un donjon et meurt en 994. La lignée se poursuit avec Geoffroy Ier (950-1015), Dalmace Ier (†1048), pour qui le fief est érigé en baronnie, puis Geoffroy II (1025-1090), dont le frère saint Hugues, sixième abbé de Cluny, est né au château. Les générations suivantes comprennent Geoffroy III (†1123), Geoffroy IV (†1128) — qui épouse Adèle ou Alix, fille de Baudouin Ier de Guînes — Geoffroy V (†1150), Dalmace II (†1162), Simon Ier (†1219), Dalmace III (1196-1226), Simon II (†1247), Henri (†1257) et Héloïse ou Helvis (†1262). En 1262, Jean Ier de Châteauvillain, petit-fils par sa mère de Simon Ier et époux de Jeanne de Semur, reçoit la baronnie de sa cousine Héloïse. Au début du XIVe siècle, Jeanne de Châteauvillain (†1345) épouse Guichard VI, sire de Beaujeu ; la seigneurie passe ensuite aux sires de Beaujeu, puis, après la mort sans enfant d'Édouard II de Beaujeu en 1400, aux Bourbon. En 1485, Gabrielle de Bourbon apporte la baronnie en dot à Louis II de La Trémoille. Parmi les seigneurs engagistes figurent Jacques de Chabannes, la famille Coligny — notamment Gaspard-Alexandre de Coligny — puis Jean du Puy, qui fait bâtir une nouvelle demeure, et son fils Jacques-Nicolas du Puy, qui fait édifier vers 1760 la maison du geôlier et, en 1775, l'auditoire du bailliage sur des plans de l'architecte Guillemot. En 1793, Jacques-Nicolas du Puy est en partie dépossédé et la baronnie est restituée à l'État comme bien engagé. Au début du XIXe siècle on tente d'abattre le donjon en pratiquant des brèches à sa base ; à partir de 1968, des travaux de mise en valeur sont menés par une équipe animée par M. J.-L. Dosso-Greggia. Les armoiries des seigneurs successifs — Semur, Bourbon, Bourbon-Montpensier, La Trémoille, Châteauvillain (gironné d'argent et de sable de huit pièces) et Albon (de sable à la croix d'or) — sont mentionnées. Parmi les principales références figurent l'ouvrage de F. Cucherat Semur-en-Brionnais, ses barons, ses établissements civils, judiciaires et ecclésiastiques depuis l'an 860 jusqu'à nos jours (1887) et Aux origines du charolais (Xe-XIIe s.) de J. Richard (1963).