Origine et histoire
Le château supérieur de Bourdeaux, dit improprement « des comtes de Poitiers », est une forteresse médiévale en ruine édifiée au XIIe siècle. Situé sur une colline à 474 mètres d’altitude, il surplombe le village et le château des évêques, avec lequel il partageait une fonction de contrôle territorial. Son appellation actuelle est un abus de langage, car ses constructeurs, la maison de Poitiers, portaient le titre de « comtes de Valentinois » et non de Poitiers. Le site, appelé Le Chatelas, permettait de surveiller un carrefour de chemins et un prieuré lié à l’abbaye de Savigny.
Les vestiges actuels forment un pentagone de 2000 m2, flanqué de trois tours pleines et d’un donjon rectangulaire partiellement conservé, datant du XIIe siècle. L’entrée principale, à l’ouest, donne accès à une cour centrale. Le donjon, dont seul subsiste le mur est orné d’une archivolte à décor de palmettes et d’entrelacs, témoigne de l’architecture militaire de l’époque. Le château a été viabilisé récemment grâce à des opérations de débroussaillage organisées par la commune.
Le fief de Bourdeaux, relevant du comté de Diois, fut l’objet de tensions entre les comtes de Valentinois et les évêques de Die, puis de Valence-Die, aux XIIIe et XIVe siècles. Ces conflits aboutirent à la construction de deux châteaux rivaux, comme à Crest : l’un comtal (château supérieur), l’autre épiscopal (château inférieur, mentionné en 1321). La première trace écrite du château supérieur remonte à 1210, sous le nom de mota de Bordellis, dans un accord entre le comte Aymar II de Poitiers et l’évêque Humbert II de Die, cédant la terre de Bourdeaux aux comtes.
En 1324, Amédée de Poitiers, fils d’Aymar IV, hérite du château, qui reste un enjeu dans les conflits avec l’Église. En 1332, Aymar V met fin aux tensions avec l’évêque Aymar de La Voulte, un parent proche, lors d’un hommage rendu au pape. Une charte de 1333, aujourd’hui disparue, confirmait la seigneurie d’Aymar sur le château supérieur. Le traité de Lyon (1356) scelle définitivement la paix : le comte cède Bourdeaux et Bézaudun à l’évêque Louis de Villars en échange du fief de Crest. La destruction du château, souvent attribuée à Raymond de Turenne en 1396, reste une hypothèse non prouvée.
Selon la tradition locale, le château supérieur, déjà en mauvais état, aurait offert peu de résistance lors de sa destruction présumée. Les vestiges actuels, bien que fragmentaires, permettent d’imaginer son rôle stratégique dans les luttes féodales entre pouvoir comtal et épiscopal. Le site, aujourd’hui accessible, offre un panorama sur la vallée du Roubion et rappelle l’histoire mouvementée de cette région frontalière entre Dauphiné et Provence.