Origine et histoire
Le château de Talmont, situé dans la commune de Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), trouve ses origines au début du XIe siècle. Vers 1025, Guillaume Ier de Talmont, surnommé le Chauve et demi-frère probable de Guillaume V, duc d’Aquitaine, érige une première motte castrale sur un éperon naturel. Cette motte, encore visible aujourd’hui sous forme d’une colline boisée, marque le début des fortifications. En 1050, jugeant la motte insuffisante, il construit un château en pierre à l’emplacement d’une église ruinée dédiée à saint Pierre, réutilisant son clocher comme donjon. Ce premier château, parmi les plus anciens de Vendée, intègre une tour carrée, un mur d’enceinte et un bâtiment adossé au nord. La destruction de l’église, incompatible avec la vocation défensive, serait plutôt attribuée à Pépin, petit-fils de Guillaume, qui en fut excommunié.
Au XIIe siècle, la seigneurie de Talmont est une co-seigneurie partagée entre le sire de Talmont et le duc d’Aquitaine, aussi comte du Poitou. Vers 1170, Richard Cœur de Lion, héritier de droits sur le château, lance un vaste programme d’extension : une nouvelle enceinte flanquée de tours rondes double celle du XIe siècle, un châtelet d’entrée est bâti au nord, et le donjon est renforcé par un mur en éperon et une tour de garde. Une enceinte urbaine, ponctuée de cinq châtelets (porte de l’Abbé, Guédon, Cadoret, Curzon, Potet), protège également la ville établie au pied de la forteresse. Ces aménagements reflètent l’importance stratégique du site, à la croisée des influences poitevines et aquitaines.
Pendant la guerre de Cent Ans, le château de Talmont devient un enjeu politique. Louis de Thouars, vicomte fidèle à Jean le Bon, simule la folie pour échapper aux Anglais après le traité de Brétigny (1360). Sa femme, Ysabeau d’Avaugour, pro-anglaise, livre cependant le domaine au Prince Noir. Découvert, Louis est contraint de prêter serment à l’Anglais avant de mourir en 1370. En 1372, Charles V et son connétable Bertrand du Guesclin reconquièrent Talmont, forçant Ysabeau à soumettre la seigneurie à la couronne. Le château passe alors entre les mains des héritières de Louis et de leur belle-mère, dans un contexte de rivalités familiales.
Au XVIIe siècle, le cardinal de Richelieu ordonne le démantèlement des défenses du château en 1628, dans le cadre de sa politique de réduction des places fortes privées. Seul le logis, sans rôle défensif, et la tour-maîtresse, trop massive, sont épargnés. Les fouilles archéologiques récentes (2016-2017) ont révélé l’existence de deux logis seigneuriaux : l’un pour le sire de Talmont, l’autre pour le duc d’Aquitaine, co-seigneur. Le donjon, partiellement issu d’un clocher d’église préromane ou castrale, conserve des éléments remarquables comme un narthex voûté en berceau et un escalier à vis ajouté vers 1050 par Guillaume II de Talmont.
Le site, classé Monument Historique en 2009, comprend aujourd’hui les ruines du château (enceintes, donjon, logis), la tenaille du XVIe siècle et une digue de retenue. Propriété de la commune, il témoigne de près de six siècles d’histoire militaire et seigneuriale, marquée par les conflits entre Capétiens, Plantagenêts et ducs d’Aquitaine. Son architecture mêle influences religieuses (réemploi du clocher) et innovations défensives (enceintes concentriques, tours rondes), illustrant l’évolution des techniques castrales du Moyen Âge à la Renaissance.