Origine et histoire
La châtellenie de Cassel, installée dans l’Hôtel de la Noble Cour, date du XVIe siècle et servait de siège à la Cour de Justice jusqu’à la Révolution. Ce bâtiment emblématique, classé monument historique en 1910, conjugue une façade mêlant styles flamand et Renaissance italienne. Il domine la place centrale de Cassel et abrite depuis 1964 le Musée départemental de Flandre, après avoir été réquisitionné comme quartier général par le maréchal Foch en 1914.
Le musée, créé en 1837 à partir d’un cabinet d’histoire naturelle cédé par Charles Vanoverschelde, évolue vers une vocation ethnographique et artistique au fil des dons. En 1914, l’Hôtel de la Noble Cour devient un lieu stratégique pendant la Première Guerre mondiale, avant d’être bombardé en 1940. Les collections, sauvées in extremis (comme Le Carnaval de Cassel d’Alexis Bafcop), sont exposées temporairement après-guerre dans l’Hôtel Taverne de Saint-Antoine.
Rouvert en 2010 après 13 ans de fermeture, le musée départementalise ses collections en 1997 et adopte une muséographie innovante par diptyques thématiques (Soumission et colère, Entre Terre et Ciel). Il rassemble près de 6 000 pièces – peintures, sculptures, gravures – illustrant la culture flamande des XVIe–XXIe siècles, avec des œuvres majeures de Jan Gossaert, Pieter Coeke van Aelst, ou Jan Fabre. L’architecture du bâtiment, symbole du pouvoir judiciaire ancien, dialogue avec des expositions temporaires dédiées à l’art baroque, à la Grande Guerre, ou à Bruegel.
Les collections reflètent des dons marquants, comme l’uniforme du maréchal Foch (1938) ou les militaria de l’abbé Verstraete (1951). La rénovation de 2007–2010 modernise les réserves et intègre l’art contemporain, tout en préservant des chefs-d’œuvre comme Paysage avec saint Christophe (Patinier/Metsys) ou La Vierge au donateur (1484). Le musée incarne ainsi la mémoire flamande, entre patrimoine judiciaire, conflits historiques et création artistique.
L’Hôtel de la Noble Cour, cœur de la châtellenie, illustre aussi les mutations muséales : de musée municipal (1889) à départemental (1997), il passe d’une vocation naturaliste à une approche culturelle transversale. Les expositions récentes (Fêtes et Kermesses au temps des Brueghel, 2019) soulignent son ancrage dans l’histoire nordiste, entre héritage médiéval et dynamisme contemporain.