Origine et histoire du Cloître Saint-Saturnin
L’aître Saint-Saturnin, situé dans le quartier Vienne de Blois, est un ancien cimetière construit au début du XVIe siècle (1515-1516) sous le règne de François Ier. Acquis par les marguilliers de la paroisse Saint-Saturnin pour pallier la saturation du cimetière existant, il reflète l’influence renaissante avec ses galeries couvertes et son espace central dédié à la décomposition des défunts. L’emblème de la salamandre, symbole du roi, orne encore ses murs. Conçu comme un jardin des morts, il abritait des ossuaires sous ses arcades, selon une tradition médiévale tardive.
Dès la Révolution, l’aître est abandonné au profit d’un nouveau cimetière éloigné, conformément aux théories hygiénistes du XVIIIe siècle. En 1807, la municipalité de Blois, dirigée par le maire Jean-Marie Pardessus, inaugure le cimetière actuel de Blois-Vienne. L’ancien site, désaffecté, est racheté par l’hôpital général de Vienne pour y installer une buanderie-séchoir. Ce changement d’usage préserve partiellement sa structure, évitant des restaurations invasives avant son classement comme monument historique en 1886.
Au XXe siècle, le docteur Frédéric Lesueur, conservateur du musée municipal, joue un rôle clé dans la sauvegarde du monument. Son ouvrage Le Cimetière de Saint-Saturnin à Blois (1923) souligne sa valeur architecturale et pousse la ville à l’acquérir la même année. De 1923 à 1934, Lesueur milite pour en faire un musée lapidaire, abritant aujourd’hui près de 550 fragments de bâtiments historiques, dont des vestiges des bombardements de 1940. Après des décennies de négligence, une restauration complète est lancée en 2023 pour une réouverture prévue en 2026.
Architecturalement, l’aître forme un quadrilatère irrégulier entouré de galeries couvertes, sans étage supérieur contrairement aux charniers traditionnels. Les ossements y étaient entreposés directement sous les arcades, une particularité locale. L’espace central, autrefois dédié à la décomposition des corps, n’a jamais fait l’objet de fouilles archéologiques. Le site, propriété de la commune, est ponctuellement ouvert au public par la ville et l’association des Amis du Vieux Blois.
Classé monument historique en 1886, l’aître Saint-Saturnin illustre l’évolution des pratiques funéraires, de la Renaissance aux Lumières, ainsi que les enjeux de préservation du patrimoine. Son musée lapidaire conserve des éléments uniques, témoignant des destructions de la Seconde Guerre mondiale et de l’histoire urbaine de Blois.