Frise chronologique
1510
Fondation du couvent
Fondation du couvent
1510 (≈ 1510)
Construction initiale en bois par les franciscains.
1553
Destruction partielle
Destruction partielle
1553 (≈ 1553)
Raviné par les troupes génoises de Doria.
1569
Reconstruction et consécration
Reconstruction et consécration
1569 (≈ 1569)
Restauration par Agustinu di a Pupulasca.
1750
Construction de la seconde église
Construction de la seconde église
1750 (≈ 1750)
Agrandissement pour accueillir les fidèles.
avril 1755
Consulta de Caccia
Consulta de Caccia
avril 1755 (≈ 1755)
Assemblée fondatrice de la Constitution corse.
1769
Annexion française
Annexion française
1769 (≈ 1769)
Transformation en siège de junte administrative.
1782
Effondrement partiel
Effondrement partiel
1782 (≈ 1782)
Pan de voûte s’écroule, faisant des victimes.
1790
Confiscation révolutionnaire
Confiscation révolutionnaire
1790 (≈ 1790)
Biens vendus, couvent pillé et ruiné.
1824
Transformation en cimetière
Transformation en cimetière
1824 (≈ 1824)
Malgré l’opposition des Domaines.
1979
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1979 (≈ 1979)
Protection de l’église Saint-François.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise (cad. E 829) : classement par arrêté du 28 mai 1979
Personnages clés
| Pasquale Paoli - Général et père de la nation corse |
Organisa la Consulta de 1755 au couvent. |
| Agustinu di a Pupulasca - Moine franciscain, supérieur du couvent |
Reconstruisit le couvent en 1569. |
| RP. Apostolis - Supérieur du couvent, ami de Paoli |
Soutint la Consulta de 1755. |
| San Leonardo di Porto Maurizio - Missionnaire franciscain |
Menait des missions de réconciliation en 1744. |
| Cervoni et Pasqualini - Derniers résistants paolistes |
Combattirent près du couvent en 1774. |
| Ghjuvacchinu - Franciscain de Sepula |
Auteur des plans initiaux du *luoco*. |
Origine et histoire
Le couvent San Francescu di Caccia, situé sur la route entre Castifao et Moltifao au col de Caccia (493 m d’altitude), fut fondé en 1510 par des moines franciscains, appelés zocculanti en raison de leurs sandales de quête. Initialement construit en bois sous le nom de luoco, il fut détruit en 1553 par les troupes génoises du général Doria lors des conflits avec Sampiero Corso, puis reconstruit en 1569 par le frère Agustinu di a Pupulasca. La première église, consacrée en 1569, abritait les reliques de saints Costanza et Grato, avant qu’une seconde ne soit édifiée en 1750 pour accueillir les fidèles toujours plus nombreux.
Le couvent joua un rôle politique majeur dans l’histoire corse. En avril 1755, Pasquale Paoli y réunit la Consulta de Caccia, une assemblée de députés corses qui jeta les bases de la Constitution de la Corse indépendante. Le supérieur du couvent, le RP. Apostolis, ami de Paoli, soutint cette démarche. Après l’annexion française en 1769, le couvent devint le siège d’une des quatre juntes administratives instaurées par le nouveau pouvoir, abritant même des tribunaux et des militaires du Régiment Provincial Corse. Les caves servirent alors de lieu d’interrogatoire sous la torture.
La Révolution française marqua un tournant tragique : le couvent fut pillé, ruiné, et ses biens vendus aux enchères. Son mobilier fut dispersé dans les villages voisins, comme le tableau de La Cène aujourd’hui conservé à Moltifao. Transformé en cimetière municipal en 1824 malgré l’opposition des Domaines, il connut une brève renaissance sous le royaume Anglo-Corse (1794–1796), avant d’être définitivement abandonné. L’église Saint-François, classée Monument Historique en 1979, fait l’objet de restaurations depuis les années 1990 par l’association San Francescu di Caccia.
Le site conserve la mémoire des grands événements corses, comme les consulte de 1743, 1744 (mission de réconciliation de San Leonardo di Porto Maurizio), ou 1757, où Paoli y discutait de la neutralité face aux conflits franco-anglais. Les ruines témoignent aussi des derniers combats des partisans paolistes en 1774, menés par Cervoni et Pasqualini. Aujourd’hui, le couvent symbolise à la fois la résistance corse et le patrimoine religieux franciscain, dans un cadre naturel préservé entre montagnes et forêts.
Architecturalement, le couvent était organisé en U autour d’une cour carrée, avec deux étages voûtés : le rez-de-chaussée abritait réfectoire, cuisine et infirmerie, tandis que l’étage supérieur était réservé aux cellules des moines. Le cloître, doté d’arcades sur pilastres, ouvrait sur la cour. L’église primitive, à nef unique et chœur profond, fut remplacée après son effondrement partiel en 1782. Sa façade, scandée de pilastres et couronnée d’un fronton triangulaire, reflète le style sobre des édifices religieux insulaires.
Le couvent s’inscrit dans un territoire marqué par l’histoire génoise et les révoltes corses. Proche de la tour Paganosa (1606) et des ponts génois sur la Tartagine, il était un lieu stratégique de la piève de Caccia, centre politique et religieux de la région. Son déclin au XIXe siècle coïncida avec la transformation des structures administratives corses, mais son héritage perdure à travers les fêtes locales, comme la Santa Maria Assunta du 15 août, et les sentiers patrimoniaux mettant en valeur les vestiges de la piève.