Origine et histoire du Couvent des Augustines
Le couvent des Augustines de Tréguier s’implante sur l’emplacement d’un hôtel-Dieu médiéval attesté dès le XIIIe siècle, fréquenté par saint Yves (1253-1303). Les vestiges les plus anciens, comme le parloir (XIVe siècle) et la chapelle Sainte-Marie-Madeleine (seconde moitié du XVe siècle), témoignent de cette origine hospitalière. La salle des passants, au rez-de-chaussée, et la salle des malades à l’étage, communiquaient directement avec la chapelle, dont le chevet plat était éclairé par une baie gothique avant l’ajout d’un retable monumental.
En 1654, l’évêque de Tréguier, Monseigneur Grangier, et les seigneurs Pierre de Loz et Françoise de Kergroadez font appel aux Augustines Hospitalières de Quimper pour restaurer l’établissement en déclin. Les religieuses restaurent d’abord la chapelle (1655), reconvertissant la salle des malades en chœur conventuel. Entre 1662 et 1663, elles édifient le grand corps de logis (cloître, réfectoire, dortoirs) et construisent un nouvel hôpital (1669-1695), démoli au XIXe siècle pour laisser place à un bâtiment moderne achevé en 1856.
L’aile du pensionnat, ajoutée en 1823 perpendiculairement au logis du XVIIe siècle, illustre l’extension des activités des Augustines à l’éducation des jeunes filles. En 1896, la maison Saint-Yves, destinée aux prêtres, prolonge l’hôpital. Le couvent, désaffecté en 1996, est aujourd’hui propriété de l’association diocésaine. Ses éléments les plus remarquables (chapelle, chœur des religieuses, aile du XVIIe siècle) sont classés Monuments Historiques depuis 1999, tandis que d’autres parties sont inscrites depuis 1997.
L’architecture du couvent reflète ses évolutions fonctionnelles : le bâtiment sur rue, en pierre de taille et moellon, conserve des fenêtres en arc brisé gothiques, tandis que le grand corps de logis du XVIIe siècle présente un cloître à arcades en plein cintre et des fenêtres mansardées. Un hagioscope permet aux malades de l’infirmerie de suivre l’office depuis leur étage. La chapelle, dépourvue de transept, abrite un retable occupant toute la hauteur du chevet, masquant l’ancienne baie gothique.
Le site s’organise autour d’un parterre central ouvert à l’ouest sur le jardin, avec quatre bâtiments médiévaux groupés autour d’une cour intérieure au sud-est. La circulation entre les espaces (hospitaliers, conventuels, éducatifs) a été adaptée au fil des siècles, comme en témoigne la galerie de 1935 reliant le cloître à l’hôpital du XIXe siècle, décalé par rapport à l’ancienne chapelle. L’ensemble, d’une superficie d’un hectare, illustre la superposition des usages religieux, médicaux et sociaux sur plus de six siècles.