Origine et histoire du Couvent des Dominicaines de Sylo
Le couvent des Dominicaines de Sylo à Sélestat, dans le Bas-Rhin, trouve ses origines en 1245 avec l'installation des premières sœurs de l'ordre des Prêcheurs. En 1258, elles sont rejointes par les religieuses du couvent de Sylo près de Ribeauvillé. Après un incendie en 1263, le couvent est reconstruit entre 1266 et 1275, et son église est érigée vers 1280. Les sœurs, issues de la petite noblesse locale, gèrent des terres agricoles à l'est du site. Le couvent, occupé par les Suédois pendant la Guerre de Trente Ans, est restauré en 1650, mais doit céder une partie de ses terrains à la ville à la fin du XVIIe siècle pour répondre aux besoins en logements.
En 1720, une nouvelle entrée est aménagée sur la rue de l'Hôpital, marquant une phase de rénovation. Le couvent est fermé en 1792 lors de la Révolution, puis transformé en hôpital en 1807 sous le nom d'hôpital Saint-Quirin. L'église, divisée en étages au XIXe siècle, perd son unité spatiale originale, tandis que les bâtiments conventuels, remaniés, conservent leur structure du XVIIIe siècle. L'établissement hospitalier fonctionne jusqu'en 1965, avant de devenir une maison de retraite jusqu'en 2000. Classé monument historique en 2009, le site est aujourd'hui en cours de restauration.
L'architecture du couvent allie un cloître gothique trapézoïdal du XIIIe siècle, typique des ordres mendiants, et une église à nef unique au chœur voûté d'ogives. Les façades et toitures des bâtiments conventuels datent du XVIIIe siècle, bien que leur intérieur ait été profondément modifié lors des transformations hospitalières. Le mobilier baroque du XVIIIe siècle, incluant des autels et un orgue de Silbermann, a en partie disparu après la fermeture du couvent. Les aménagements du XIXe siècle, comme les plafonds divisant la nef ou la chapelle installée en 1842, reflètent son adaptation à un usage médical.
Le couvent illustre l'évolution des espaces religieux en Alsace, passant d'un lieu de vie monastique à un établissement de santé. Son histoire reflète aussi les tensions entre patrimoine et utilité publique, comme lors de la cession de terrains au XVIIe siècle ou des réaménagements hospitaliers. Aujourd'hui, sa restauration vise à préserver ce témoignage unique de l'histoire sociale et architecturale de Sélestat, des dominicaines médiévales à l'hôpital moderne.