Origine et histoire du Couvent des Dominicains
Le couvent des dominicains de Collioure fut fondé en 1290 à l’initiative du roi Jacques II de Majorque, qui souhaitait établir une communauté religieuse dominicaine dans la ville. Grâce à la donation d’un terrain et de bâtiments par Guillaume Puig d’Orfila, un bourgeois local, les frères Prêcheurs purent s’installer extra-muros, à 200 mètres des remparts. Les premiers responsables du couvent furent Pierre Missa, prieur, et Jacques de Arulio, lecteur. Bien que les archives ne détaillent pas la construction, des dons attestés permirent son développement rapide. L’église, de type gothique méridional, fut consacrée en 1457 après des restaurations nécessaires suite à l’occupation aragonaise de 1344 et au tremblement de terre de 1428.
Situé entre montagne et mer, à l’extrémité de la plage du Port d’Avall, le couvent se distingue par une église à nef unique de 42 mètres de long, épaulée de contreforts et dotée de six chapelles latérales. Le chœur, aujourd’hui plat, était probablement polygonal à l’origine, comme le suggèrent les traces d’arrachements et un arc de décharge visible. La façade, ornée d’un portail en marbre blanc veiné de gris et de deux arcatures classées, témoigne de l’importance du lieu. Le cloître, partiellement démantelé, fut reconstitué grâce à des vestiges exposés au musée Pams de Collioure.
Le couvent connut des dégradations liées aux conflits et aux catastrophes naturelles, comme l’occupation militaire de 1344 ou le séisme de 1428. Après la Révolution, son cloître subit des pillages, et ses éléments architecturaux furent dispersés. Depuis 1926, les bâtiments abritent une cave coopérative vinicole, tandis que l’église et ses vestiges furent classés ou inscrits aux Monuments Historiques entre 1928 et 2008. Aujourd’hui, des maisons occupent l’emplacement des anciens bâtiments conventuels, intégrant des éléments de remploi comme des colonnettes ou un puits.
L’église, dédiée à la prédication, présente une charpente apparente décorée et un clocher couvert d’une coupole en briques. Les arcades du cloître, en arc brisé à trois lobes, reposaient sur des colonnes aux chapiteaux ornés de feuillages, de visages et d’animaux. Malgré les transformations, le site conserve des traces de son passé religieux et architectural, entre héritage médiéval et réutilisations contemporaines.