Origine et histoire du Couvent
Le couvent des Feuillantines était un monastère parisien fondé en 1622 et situé à l'emplacement de l'actuelle rue des Feuillantines. Il fut créé rue du Faubourg‑Saint‑Jacques par Anne d'Autriche à la demande d'Anne Gobelin, qui fit venir de Toulouse six feuillantines. Les terrains, acquis par Anne Gobelin, épouse de Charles d'Estournel, seigneur de Corbie, couvraient près de six hectares et demi et comprenaient quelques habitations. Le domaine s'étendait à l'arrière des bâtiments conventuels situés aux nos 4 à 8 de la rue des Feuillantines et comprenait une église dessinée par l'architecte Jean Marot, achevée vers 1672. La première pierre fut posée en 1626 par François II de Bassompierre, comme l'atteste une plaque conservée au musée Carnavalet. En 1631 de nouveaux bâtiments furent inaugurés pour accueillir les 33 religieuses alors présentes. Le couvent comprenait aussi une pension pour les dames de Paris; Bossuet écrivit qu'on y respirait "l'air le plus pur et le plus serein de la ville". L'archevêque Jean‑François de Gondi fit interdire l'accès du cloître et du réfectoire aux séculiers afin de renforcer la clôture. Lieu de retraite spirituelle et de cadre bucolique, le couvent attirait des dames de l'aristocratie parisienne: en 1685 Mademoiselle de la Trousse, cousine de Madame de Sévigné, y mourut, et en 1703 Jeanne‑Marguerite de Mauron, épouse du fils de Madame de Sévigné, y séjourna pendant que son mari se retirait au séminaire Saint‑Magloire tenu par les oratoriens. Les Feuillantines portaient une robe de laine blanche et un voile noir, et les dames pensionnaires étaient enterrées en habit de religieuse. En 1695 le couvent atteignit son apogée avec 65 religieuses, 25 converses et 106 pensionnaires, mais il déclina progressivement au XVIIIe siècle et ne comptait plus, en 1790, que 20 religieuses et 10 converses. Fermé en septembre 1792 et vendu comme bien national, il fut transformé en logements; le grand parc à l'arrière accueillit Victor Hugo pendant une partie de son enfance, de 1808 à 1813, où il vécut dans un appartement au milieu des ruines et du jardin sauvage. Le général de la Horie s'y cacha un temps avant son exécution à la suite de l'échec du complot du général Malet en 1812. La rue des Feuillantines, ouverte en 1805 sur l'allée donnant accès à l'église, entraîna la destruction de l'édifice situé au no 11, et les derniers vestiges du couvent furent rasés en 1864 pour permettre l'ouverture de la rue Gay‑Lussac. Une maison annexe, bâtie en 1688, subsiste au no 10 de la rue des Feuillantines; sa façade arrière conserve des croisées du XVIIIe siècle et une cage d'escalier est inscrite aux monuments historiques depuis 1989. Les abbesses étaient appelées "Madame". À partir du Concordat de Bologne commença la série des abbesses commendataires et seigneurs temporels nommés par le roi; parmi elles figurent Mme de Roquelaure (1629), qui prit l'habit sous le nom de Sainte‑Catherine de Jésus, et Henriette d'Espinay‑Saint‑Luc, fille de Timoléon d'Espinay et abbesse de Saint‑Paul de Soissons, qui résigna le 1er février 1664 en faveur de sa sœur Françoise Catherine pour devenir ensuite abbesse des Feuillantines puis d'Étival‑en‑Charnie. La mémoire du couvent est restée illustrée par des documents graphiques et photographiques, notamment une représentation de sa situation en 1775, une photographie de la façade en 1899 et une image de Victor Hugo dans le jardin en 1813. Parmi les études consacrées au monastère figurent Le journal Les Feuillantines de Paris (1622‑1792), publié d'après un manuscrit original par F.‑H. Mabille en 1902, et l'ouvrage de Geneviève Crucifix‑Bultingaire, Feuillants et Feuillantines (Paris, 1961).