Origine et histoire du Couvent
Le monastère royal de Saint‑Bernard, dit couvent des Feuillants, se trouvait rue Saint‑Honoré à Paris, derrière les actuels nos 229‑235, près de l’angle de la rue de Castiglione. Fondé en 1587 par Henri III pour des religieux de l’ordre cistercien réformé des Feuillants, il reçut une soixantaine de moines venus de l’abbaye de Toulouse et fut installé en septembre de la même année. Les premiers travaux de construction et d’aménagement furent confiés à l’architecte du roi Baptiste Androuet du Cerceau et dirigés par un membre de la communauté. Protégé et enrichi par la monarchie, le couvent obtint privilèges et terrains et reçut des revenus d’autres abbayes et immeubles de rapport. L’église dédiée à saint Bernard de Clairvaux, achevée en 1608 grâce aux aumônes du jubilé de 1600, fut dotée d’une façade monumentale en 1624, œuvre de François Mansart exécutée par le maçon François Boullet. Conçue par le frère Étienne de Saint‑Ignace selon les principes de la Contre‑Réforme, l’église présentait un transept peu saillant, des chapelles latérales remplaçant les bas‑côtés et un chœur voûté d’ogives, tandis que la nef offrait l’espace nécessaire à de nombreux monuments funéraires et toiles. L’édifice renfermait des œuvres et monuments signés ou attribués à des artistes tels que Simon Vouet, Jacob Bunel, Charles de La Fosse, Nicolas Renard, Philippe de Buyster et Jean II Restout, ainsi que des tombeaux de familles nobles. Au XVIIIe siècle le couvent possédait une riche bibliothèque, une apothicairerie aux boiseries remarquables, un réfectoire orné de toiles de Restout et un cloître décoré de fresques d’Aubin Vouet et de verres peints consacrés à Jean de La Barrière. Séculiarisé et nationalisé par les décrets des 13 et 16 mai 1790, le couvent fut progressivement désaffecté ; ses bâtiments hébergèrent alors bureaux, comités et services liés à l’Assemblée nationale, et la nef de l’église servit d’atelier à Jacques‑Louis David pour la réalisation du Serment du jeu de paume. Le site accueillit également le Club des Feuillants, une société politique issue d’une scission des Amis de la Constitution. Sous le Consulat, la plupart des bâtiments furent démolis pour permettre l’ouverture des nouvelles voies, mais subsistèrent des immeubles de rapport rue Saint‑Honoré (nos 229‑235), construits pour la communauté par l’architecte Jacques‑Denis (Denis) Antoine vers 1776 et inscrits aux Monuments historiques en 1987, ainsi que le chevet arrondi de l’église, encore repérable dans la cour d’un de ces immeubles. Avant leur destruction, le portail d’entrée, attribué à Jean Richer d’après un dessin de Libéral Bruand et sculpté par Anguier, formait l’aboutissement de la perspective de la place Louis‑le‑Grand mais fut détruit lors de l’ouverture de la rue de Castiglione. Aujourd’hui, les vestiges conservés — les immeubles néoclassiques de la rue Saint‑Honoré et le chevet en arrière‑cour — constituent les derniers témoins matériels du couvent des Feuillants et de son histoire religieuse, artistique et politique.