Origine et histoire du Couvent des Récollets
Le couvent des Récollets de Rouffach, situé dans le Haut-Rhin, trouve ses origines au XIIIe siècle avec l’installation des frères franciscains vers 1250. Ces derniers construisent un prieuré, puis une église dédiée à Sainte-Catherine d’Alexandrie entre 1280 et 1310, accompagnée d’un cloître financé par le frère Blodelin. Le couvent, intégré à la Provincia Argentina (congrégation de Strasbourg), adopte en 1435 la réforme de l’Observance, devenant ainsi un couvent de récollets (franciscains réformés). Au XVe siècle, il abrite une école humaniste réputée, fréquentée par des figures comme Sebastian Münster ou Conrad Pellican, et partage son église avec les Chevaliers teutoniques installés à proximité.
Au XVIe siècle, le couvent décline : abandonné en 1564, il est partiellement détruit par un incendie en 1565. Repeuplé en 1591 grâce au comte Eberhard de Manderscheid-Blankenheim (grand-bailli de Rouffach), il retrouve sa vocation éducative au XVIIIe siècle, enseignant le latin et la rhétorique. La Révolution française marque un tournant : sécularisé en 1791, le site devient caserne, hôpital militaire, puis prison. L’église, vendue à des bourgeois, est rendue au culte en 1797 avant d’être restaurée en 1840. Les bâtiments conventuels, transformés en tribunal cantonal sous administration allemande (1870), abritent aujourd’hui les archives municipales et une salle d’exposition.
L’architecture du site mêle styles gothique et baroque. L’église Sainte-Catherine, dépourvue de clocher, présente une nef basilicale à trois vaisseaux et un chœur polygonal. Son intérieur, remanié au XVIIIe siècle, conserve des fresques médiévales (Crucifixion, Mont des Oliviers) et un maître-autel baroque orné d’un tableau de Jean-Benoît Reissmuller (1710). Les bâtiments conventuels, organisés autour d’un cloître, arbore une façade néo-classique avec fronton à blason, vestige de sa fonction judiciaire. Classé Monument historique en 1921, le site reste partiellement inaccessible, l’église étant fermée depuis les fouilles archéologiques interrompues des années 1980.
Parmi les éléments remarquables, on note la chapelle funéraire des Manderscheid (1606), les dalles funéraires des Chevaliers teutoniques déplacées, et un cadran solaire du XVIIe siècle décoré d’une fresque cosmologique. Le couvent illustre ainsi l’évolution religieuse, éducative et judiciaire de Rouffach, de l’époque médiévale à nos jours.