Origine et histoire du Couvent des Ursulines
Le couvent des Ursulines de Montpellier, fondé au XVIIe siècle, s’installe en 1641 sur l’emplacement d’un ancien monastère médiéval des religieuses de Sainte-Catherine, daté de 1357. L’évêque Pierre Fenouillet, dans un contexte de reconquête catholique post-guerres de Religion, y accueille six ursulines de Pézenas pour éduquer les jeunes filles pauvres. L’architecte Jean Bonnassier dirige les travaux à partir de 1660, érigeant les ailes nord et ouest, ainsi qu’une partie de l’aile sud. La chapelle, reconstruite entre 1785 et 1789 par l’ingénieur Louis Roussel, marque une phase de modernisation avant la Révolution.
Entre 1697 et 1738, sous l’épiscopat janséniste de Joachim de Colbert, les Ursulines développent leur mission éducative, ouvrant de nouvelles classes. Mais leur déclin s’amorce en 1738 lorsque Mgr Berger de Charancy, hostile au jansénisme, leur retire les pensionnaires au profit d’autres couvents. Vendu comme bien national en 1792, le site devient une prison révolutionnaire, puis une caserne, avant d’être transformé en maison centrale de détention de 1805 à 1844 par Jacques Roussel, avec une rotonde cellulaire inspirée des modèles pénitentiaires circulaires du XVIIIe siècle.
Au XIXe siècle, le couvent alterne entre prison pour femmes (1825-1934), occupation par la Gestapo pendant la Seconde Guerre mondiale, et caserne militaire (jusqu’en 1986). Rachat par la ville de Montpellier dans les années 1980, il est inscrit aux monuments historiques en 1991 pour ses façades et toitures. Depuis 2025, il abrite Agora, Cité internationale de la danse, fusion du centre chorégraphique national et du festival Montpellier Danse.
La protection du site en 1991 concerne l’ensemble des façades et toitures sur les rues adjacentes (boulevard Louis-Blanc, rue de l’Université, etc.). Son architecture mêle ainsi héritage religieux (aile sud avec infirmerie, chapelle marbrée) et adaptations carcérales (rotonde cellulaire), témoignant de ses métamorphoses fonctionnelles. Les sources historiques, comme les mémoires d’André Delort (XVIIe siècle) ou les travaux du chanoine Azéma, documentent ces transitions.
Le couvent illustre aussi les tensions religieuses locales : soutien des jansénistes sous Colbert, répression sous Berger de Charancy, et nationalisation révolutionnaire. Son usage carcéral reflète les évolutions des systèmes pénitentiaires français, depuis les prisons collectives du XIXe siècle jusqu’à l’occupation nazie. Aujourd’hui, sa reconversion culturelle en fait un lieu emblématique de Montpellier, liant patrimoine et création contemporaine.
La localisation précise, au 16 rue Sainte-Ursule, et son code Insee (34172) l’ancrent dans le quartier historique de la ville. Les éléments protégés (cadastre HP 127) incluent les traces des différentes époques, des fondations médiévales aux aménagements militaires du XXe siècle.