Patrimoine classé
Le château (cad. Yville-sur-Seine D 240) : inscription par arrêté du 7 octobre 1931 - Le domaine en totalité, soit l'ensemble du bâti, de la clôture, le parc et les perspectives (cad. Yville-sur-Seine D 65, 66, 77, 121, 122, 124 à 128, 130 à 132, 135 à 139, 240, 248, 249, 253, lieuxdits le Grand Jardin, Port d'Yville et Le Village ; C 162, lieudit la Grande Ferme ; Mauny C 5, 10, 11, 150, 156, 217, lieuxdits Cote d'Yville et Vente Saillot) ainsi que le parc à gibier (cad. Barneville-sur-Seine (27) C 35, 41 à 43, lieudit Le Parc) : inscription par arrêté du 19 novembre 2002
Personnages clés
| François Le Menu de Lanoé - Commanditaire initial |
Conseiller secrétaire du roi, faillite en 1717. |
| Jules Hardouin-Mansart - Architecte attribué |
Plans non confirmés par les recherches. |
| John Law de Lauriston - Propriétaire éphémère |
Financier en banqueroute (1720-1723). |
| Jean-Prosper Goujon de Gasville - Propriétaire et acheveur |
Intendant de Rouen, travaux 1723-1735. |
| Jean-Jacques Martinet - Architecte et ingénieur |
Dirige l’achèvement du château. |
| Louis Gérome Hegaux - Serrurier d’art |
Auteur de la rampe en 1766. |
| Michel Frances - Restaurateur (1983-1996) |
Sauvegarde et restauration complète. |
Origine et histoire du Château d'Yville
Le château d'Yville, édifié en 1708 sur les plans attribués à Jules Hardouin-Mansart, remplace un manoir médiéval détruit la même année. Commandé par François Le Menu de Lanoé, conseiller secrétaire du roi, sa construction est interrompue en 1717 par la faillite du propriétaire. Le domaine passe alors entre les mains de créanciers, dont le financier John Law de Lauriston (1720-1723), avant d’être adjugé à Jean-Prosper Goujon, marquis de Gasville et intendant de Rouen.
Les travaux reprennent sous la direction de l’architecte Jean-Jacques Martinet (1723-1735), qui achève l’essentiel de la structure en pierre calcaire et brique, avec des détails sculptés inspirés de la chasse. La rampe en fer forgé du grand escalier, commandée en 1766 à Louis Gérome Hegaux, marque l’aboutissement des aménagements intérieurs. Le domaine, incluant chapelle, parc clos, vivier et parc à gibier, s’inscrit dans un paysage monumental entre Seine et coteau, reflétant le goût des maisons de plaisance du XVIIIe siècle.
Au XXe siècle, le château change plusieurs fois de mains : la famille Maurès de Malartic en hérite jusqu’en 1943, période où il sert de poste de commandement à la 21e puis à la 9e Panzerdivision allemande. Rachat en 1983 par Michel Frances, qui le restaure entièrement, le domaine est finalement vendu en 1997 à un propriétaire anglais. Classé Monument Historique (1931 pour le château, 2002 pour l’ensemble du domaine), il témoigne des fastes architecturaux et des turbulences économiques de son époque.
La chapelle du château, bâtie à 150 pieds de la demeure, date du XIIIe siècle selon la tradition, bien que reconstruite ou intégrée aux aménagements du XVIIIe. Les jardins, initialement en mauvais état (300 arbres et six carrés signalés en 1723), sont replantés sous la direction de Martinet, avec des perspectives de tilleuls et un belvédère sur le coteau. Le parc à gibier, situé sur la commune de Barneville-sur-Seine (Eure), complète cet ensemble paysager exceptionnel.
L’architecture du château mêle classicisme et élégance, avec une façade encadrée d’ailes en retour, un péristyle à colonnes ioniques, et des sculptures allégoriques liées à la chasse. Les matériaux locaux (pierre de taille calcaire, brique, pan de bois) et les techniques de l’époque (ardoise, carreaux de fenêtre) soulignent son ancrage régional. Malgré des périodes d’abandon, comme au XIXe siècle, les restaurations successives ont préservé son caractère d’origine.